राजस्थान – Plongée musicale au pays des rois.

 

Pour voyager avec les oreilles, il faut s’imaginer la culture, l’histoire et l’essence qui a créé l’œuvre qui nous parvient. J’aimerais vous faire voyager un peu aujourd’hui dans une région particulière de l’Inde. Celle, pleine de spiritualité, qui a inspiré les Beatles et qui inspire encore. Je vous présente un court aperçu de l’immensité du Rajasthan. 


 

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La musique traditionnelle indienne.

Dans la musique traditionnelle indienne, on distingue le folk et la musique savante. Toutes deux avec des racines qui remontent profondément à travers l’histoire de l’Inde. Le folk rajasthani porté par les tribus des Manganiars et Langhas raconte des histoires épiques, d’amour et de guerres qui retracent toute la mythologie indienne. Les Raja d’Udaipur, de Jodpur, ou de Bikaner ont, dès le XVème siècle, accueilli dans leurs cours les nombreuses castes de musiciens qui parcourent le Rajasthan.

 

Kesariya baalam aao ni

My saffron love, come

Padharo ni mhare des re

Please come to my land

 

C’est des plaines arides, des temples et des grands forts Rajasthani qu’émane cette invitation.

Le Rajasthan est une région de l’Inde qui longe le Pakistan; le désert du Thar en couvre la moitié à l’Est et une forêt boise le sud Est. Les communautés Manganiars du désert ont probablement composé Kesariya baalam.
Kesariya vient de Kesar, le safran, une épice présente dans la cuisine et les cérémonies religieuses en Inde. La couleur de cette épice représente des valeurs nobles, la pureté ou la bravoure et se retrouve dans les turbans colorés des mariages indiens. Baalam signifie ‘amant’. C’est Maru qui accueille Dhola, son amant Rajput revenu de la guerre.

 

नैना मीठी कामरी

Naina meethee kamari

रन मीठी तलवार

Ran meethee talwar

 

Les rajputs, littéralement ‘fils de roi’

Ces guerriers sont issus des castes de combattants qui peuplaient le Rajasthan. Ce sont leurs histoires qui sont transmises par les Manganiars et Langhas souvent invités pour accompagner leurs mécènes Rajputs à la guerre. Kesariya baalam a subi de nombreuses évolutions au cours temps, on l’associe aujourd’hui à une chanson de bienvenue pour tous ceux qui visitent le Rajasthan et les paroles omettent les mentions guerrières comme ‘Meethee talwar’ ( douce épée en Hindi ).

 

 

 

On retrouve les amants Dhola et Maru dans des films bollywood mais également dans le khyāl, le théâtre folklorique rajasthani. C’est les aventures un peu romanesques de deux amoureux mariés dans l’enfance qui cherchent à se retrouver. Comme beaucoup de chants, cette histoire a subi l’influence du temps faisant disparaître petit à petit ses origines. Les Manganiars et les Langhas continuent de chanter cette balade.

 

 

Ces musiciens perdurent leur art à travers un système élaboré d’apprentissage où tout le répertoire musical est transmis oralement.  Venu du Sindh (une des quatre provinces Pakistanaises après la partition), les Langhas travaillent pour des patrons Musulmans. Ils pratiquent des instruments qui leur sont propres comme la Sindh Sarangi, un instrument en bois de sheesham avec des cordes en acier et en intestin de chèvre.

 

 

D’autres communautés peuplent le désert du Thar.

Les Kalbelia ont acquis une reconnaissance internationale à partir de 1985 après l’émergence de Gulabi Sapera, une artiste qui a propulsé sa caste au-devant d’institutions nationales puis mondiales. Traditionnellement nomades, les Kalbelia gagnent leur vie en tant que charmeur de serpent. Ils ont été contraints de renoncer à cette activité après la loi relative à la protection de la faune de 1972. Titi Robin a contribué à populariser Gulabi Sapera en collaborant sur plusieurs albums qui réactualisent joliment le folklore Kalbelia.  

 

 

On raconte qu’à sa naissance Gulabi Sapera a été enterrée vivante. Septième enfant d’une famille pauvre, et d’une caste marginalisée,  son histoire est marquée de combat : contre la rigidité de sa caste, pour vivre, et pour se faire reconnaître. 

 

« Your community did not allow women to dance. Who helped you to move ahead? »

« Maharani Gayatri Devi and a few other royals explained and encouraged my family to allow me to pursue my snake charmers dance. Breaking all norms posed by my community, I moved forward. Thanks to Maharaniji I continued dancing. (1) »

 

En brisant les normes imposées par sa communauté, elle réussit un tour de force inhabituel dans une Inde où l’autonomie des castes n’a été affaiblie que par la constitution de 1947. La résistance à la modernisation prend parfois des formes très brutes où des communautés refusent toujours aux femmes de travailler en dehors de la maison.  

 

 

Entre les tuk-tuk et les dromadaires,

on trouve aussi à Jaipur une grande variété d’artistes qui descendent sûrement du Gunjikhana, le département des virtuoses du Raja. Le Gunjikhana a supporté pendant plusieurs siècles des générations d’artistes de toutes sortes. 

Le département des virtuoses n’existe plus, mais la diversité musicale perdure et Jaipur a fait naître de nombreux artistes.  

 

 

Mehdi Hassan (1927-2012)

Mehdi Hassan ou Shahenshah-e-Ghazal (roi du ghazal) a nourri une immense discographie -plus de 600 chansons dans 445 films –  à travers sa double culture née de la partition Indienne. Il écrit et chante des Ghazals, une forme de poésie courtoise originaire de Perse. Les Ghazals racontent les douleurs des séparations mais aussi la beauté de l’amour malgré cette peine. C’est Goethe découvrant des ouvrages Perses qui célèbre le ghazal en Europe.

 

 

main to mar kar bhee meree jaan tujhe chaahoonga

même en mourant je t’aimerais 

zindagee mein to sabhee pyaar kiya karate hain

Dans la vie tout le monde aime

mainne dhadakan kee tarah dil mein basaaya hai tujhe

Je t’ai inscrit dans mon coeur comme les battements qui le rythment.

 

Sa musique oublie tout différend entre l’Inde et le Pakistan. Ses concerts sont toujours accompagnés d’un Kesariya Baalam, une ode à sa région natale le Rajasthan. 

« Khan shab apka talukh Rajasthan Jaipurse hai, [..] wahan ka kuch khaas »

« M.Khan vous venez de Jaipur, Rajasthan, avez-vous quelque chose de spécial de là-bas ? »

 


 

L’Inde est un pays vaste et plein de culture, chaque art évolue dans une multitude de contextes qui varient selon les régions. Chaque région possède ses propres influences tirées des nombreuses castes et des changements apportés par le temps. Le cours des choses a fait vivre une tradition musicale importante et il est bien réducteur de voir aujourd’hui la musique indienne représentée par le Bollywood; un pan de la musique qui s’occidentalise de plus en plus. La musique classique, pleine de spiritualité ouvre des rythmes et des mélodies inconnus en Occident. Au contraire de nos gammes, la fréquence de base n’est pas fixé, et on laisse une grande part à l’improvisation. Je vous laisse sur l’artiste que j’écoute quand je médite. 

Musicalement,

Anu Meena

 

 

Pour aller plus loin

Social Mobility Through Rural-Urban Migration: A Case of Traditional ‘Manganiyar and Langa’ Desert Tribes of Rajasthan, India

The Dhola-Maru in Rajasthani Folk Theatre 

asianage.com – kalbeliya-dancer-who-charms (1)

rajrathore.com – Kesariya Balam’ meaning, original composition, lyrics & story behind

riffdiaries.com – Desert Strings – An Interview with Asin Khan Langa