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Rencontre avec Clémentine et Saint-James (Discomatin, Chuwanaga)

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Le Shamrock a été à la rencontre de Clémentine qui nous fait l’honneur de jouer à Rétropolis  et de Maxence aka Saint James membre éminent du collectif Discomatin pour une petite interview à deux voix. On a parlé années 1990, discothèques et production. De quoi avoir envie de devenir un matou aficionado de disco …

Pour commencer, une petite question tendances musicales : est-ce que vous pensez qu’il y a un retour à la mode du disco avec toutes les différentes soirées qu’on peut voir passer à Paris, Les Yeux Orange par exemple, ou c’est le fait de le jouer à nouveau, de rééditer ces morceaux qui a lancé ce mouvement ou peut-être les deux finalement ?

Clémentine : Il y a clairement eu un renouveau dans la scène, beaucoup de DJ’s internationaux se sont mis à jouer des musiques organiques en club et ça a donné une impulsion.

Maxence : Oui, par exemple Discomatin ça s’inscrit dans ce mouvement global. La mode est au collectif disco depuis quelques années. En tous cas un mouvement de fond ça c’est sûr, une sorte de revival.

C : En même temps on n’a pas vécu ces années là.

M : Non, on ne l’a pas vécu, ce qu’on vit aujourd’hui c’est notre propre truc. En même temps c’est toute une musique qui appartient au passé. On joue peu de nouveautés, quasiment pas.

C : Il y a beaucoup de trucs nouveaux qui sonnent comme de l’ancien aussi, en jazz-funk par exemple.

M : Oui mais ce sera différent, ce sera pas les mêmes techniques, pas les mêmes budgets. À l’époque, produire ces albums coûtait une fortune, aujourd’hui plus personne ne pourrait produire un disque avec cinq ingénieurs. Avant quand tu vendais 3000 exemplaires, tu avais raté ta sortie ou alors c’était très confidentiel. Aujourd’hui quand tu en vends 3000, tu es le roi du pétrole.

C : En tous cas, la scène est vraiment très forte en ce moment !

Et est-ce que vous ne trouvez pas que certaines soirées, comme celles de l’Alter Paname ou Camion Bazar sont devenues un peu mainstream ?

C : J’aurai du mal à me prononcer car j’ai découvert la scène parisienne il y a deux, trois ans. Je suis née et j’ai grandi dans le sud puis j’ai bougé à Lyon et je montais de temps en temps sur Paris pour quelques soirées parce que c’était là-bas que ça se passait.

M : J’ai un peu de mal à en juger car je ne suis pas allé à ces soirées depuis longtemps. Ce qui les démarque quand même est qu’ils apportent quelque chose de festif à leurs événements. Ça parle à beaucoup de gens, et il ya un vrai investissement côté déco. Le fait-main a une vraie saveur, mais c’est un peu devenu la tendance, que l’on retrouve reprise par les gros festivals aussi.

Clémentine, tu pourrais nous parler rapidement de ton passage chez Émile ?

C : Chez Emile ça a commencé en 2016 et j’ai passé plus d’un an et demi là-bas. C’était la fin de ma licence et je savais pas trop quoi faire, mes études de com me soûlaient. Comme ils allaient déménager dans des locaux plus grands que le projet de la boutique s’élargissait, une troisième personne n’était pas de trop.
Je m’occupais de la com et des achats de la boutique quand je suis arrivée là-bas.
À la base, Chez Émile était plutôt un disquaire orienté musique électronique et perso je n’y trouvais pas trop mon compte. J’adore la musique électronique, j’ai grandi avec ça aussi, mais j’avoue que je n’en écoute pas trop et n’en joue quasiment jamais. J’avais donc envie que les gens puissent y trouver beaucoup plus de rééditions des labels comme Favorite Recordings, BBE, Mr Bongo etc.. Après ça, j’ai été sales manager, je m’occupais de la distrib. C’est quelque chose qui m’a énormément plu. Le but était que le catalogue de la distrib (Disques Flegon, Plaisir Partagé, BFDM etc) se retrouve chez les disquaires du monde entier. Après j’ai commencé à avoir envie de bouger de Lyon, j’y trouvais plus trop mon compte, je n’y jouais pas trop car c’est très orienté musique électronique. Je suis donc arrivée à Paris.

L’histoire de Chuwanaga ?

M : Au début, c’était un projet que j’avais avec Seiji Ono, le frère d’un de nos artistes, Koji Ono. Mais Seiji est parti à Londres et a commencé à travailler comme un fou pour le label Melodies International (Floating Points, Mafalda). J’ai donc fini par lancer le projet en solo au tout début, vite rejoint par Clémentine.

C : Oui puis j’avais aussi une expérience dans la distribution c’était quelque chose de familier pour moi.

D’où ça vient ce nom, « Chuwanaga » ?

M : Et puis le nom… il ne veut rien dire (rires) C’est juste un nom que Koji Ono a inventé en parlant d’un ami à nous, Roosterwing, qui voulait à tout prix de originaux et pas des rééditions. Dès que l’on se retrouvait, Koji avait l’habitude de dire « Mmmh chuwanaga ! » pour se moquer un peu de lui (rires).

C : Et personne n’arrive à le prononcer lol

M : Oui c’est ça aussi qui est marrant. Voilà pour la petite histoire, le label ensuite s’est construit autour de l’idée de faire connaître Koji Ono qui devait être la première sortie. Il avait réalisé cet EP chez lui mais il n’était pas fini, c’était encore des démo et il hésitait à le sortir. Alors je l’ai poussé et avec l’aide de Greta de Flegon au mixage, il a terminé ça avec brio.

C : Koji à ses débuts, c’était un peu l’exemple de l’artiste hyper talentueux qui n’avait pas forcément confiance en lui. C’est le rôle d’un label d’intervenir à ce moment là.

Et combien de temps ça vous a pris tout ça ?

M & C : Ça a bien du prendre deux ans tout ce travail.

Bon et finalement le résultat est pas mal non ?

M & C : Le résultat est excellent ! (rires)

M : C’est une des sorties dont je serai toujours fier, big up Koji ! En ce moment, il bosse dur sur un autre projet amené à sortir en 2019, une collaboration avec Atmosfear, le groupe de jazz-funk anglais des années 1980. Un projet, produit et enregistré à Paris. Il est aussi sur un autre projet avec une légende du boogie pour un autre label avec lequel on collabore énormément, Favorite Recordings. Je lui souhaite que de réussir car il le mérite vraiment.

Et comment c’est de collaborer avec des artistes ? Ca se fait facilement ou il faut quand même vraiment y mettre du sien pour les motiver ?

M : Il faut trouver la bonne distance, réussir à mettre les moyens techniques et financiers au service de l’artiste, la création ça ne se commande pas.

C : Dans le cas du projet avec Atmosfear, ils ne se connaissaient même pas avant d’aller en studio. Tout le monde s’est super bien entendu et c’est une vraie richesse de pouvoir vivre ces expériences et ces rencontres autour d’une musique qui nous réunit.

Et pour ce qui est de la réédition, comme cela se passe ? Vous retrouvez le vinyle original ?

C : La réédition c’est autre chose mais il faut quand même savoir gérer l’humain !

M : Pour les disques il y a différents types de droits, notamment les droits d’auteurs et ce qu’on appelle les droits sur les masters, qui appartiennent au producteur des enregistrements, souvent le label. C’est cette personne que l’on recherche, parfois c’est juste un membre du groupe.

Le must après c’est de rencontrer aussi les musiciens mais parfois tu ne les retrouves pas, ou tu les retrouves mais pas le producteur. Parfois tu retrouves le producteur, mais c’est pas le bon, le producteur exécutif. C’est le producteur au sens du mec en studio qui a ficelé un peu toute la sortie à l’époque, comme un artiste qui se met au service d’un projet, par exemple George Duke.

C : Bref, une fois tout ce travail fait, il faut négocier le contrat et surtout mettre la main sur une source de qualité. Le best est d’avoir accès aux enregistrements sur bande originels, mais c’est très rare et la conservation des bandes est délicate.

M : Souvent, on part d’une copie vinyle en parfait état que l’on va numériser sur un matériel de très haute qualité. À partir de ces numérisations, les fichiers sont envoyés au mastering, dernière étape avant que ce soit gravé sur du physique. L’ingénieur grave ce qu’on appelle la laque, c’est-à-dire la première étape du moule à partir duquel presser les disques, comme un négatif pour le développement argentique.

Comment vous faites pour retrouver les ayants-droits ?

C : Souvent via internet : sites web, Facebook, pages blanches tout y passe car tous les moyens sont bons pour mener l’enquête.

M : Il faut vraiment avoir peur de rien. C’est un peu bizarre de se dire qu’on peut entrer facilement dans l’intimité des gens avec le numérique mais c’est en même temps super pratique parce que dans le cas contraire, on ne les retrouverait pas. Ça devient une sorte de grande énigme. Après ça arrive de se tromper… ça m’est déjà arrivé d’envoyer un message à des révérends aux Etats-Unis en leur demandant « vous n’étiez pas dans un groupe de gospel dans les années 1970 ? » alors que pas du tout. J’espère qu’ils ont prié pour moi après ça…

 

 

Propos recueillis par Florie & Alice

Le Son du jour #65 – Puff De L’Exo

Le Son du jour #65 – Casse-Croute – Puff De L’Exo

17 Octobre 2018, le Canada entre dans l’histoire.

Comment avoir encore faim après avoir englouti 17 pancakes au sirop d’érable ? Nos amis d’outre-Atlantique ont trouvé la solution : le cannabis.

Pendant deux ans, Justin Trudeau et ses amis ont fait fumer leur cerveau pour rédiger la législation parfaite permettant aux Canadiens, à leur tour, de fumer des spliffs ou comme ils diraient, de « puffer de l’exo ».

Officiellement, cette loi permettra d’ « enlever l’argent des poches des organisations criminelles ». Les plus anti-systèmes dénonceront une décision capitaliste, on attend en effet 400 millions de recettes fiscales grâce à l’exo. Mais in fine, on s’en calîsse car tout le monde est content, sauf les bandits !

On vous laisse avec du rap québécois. Tabernacle !

Rencontre avec le DJ Sven Løve

Réalisée par Florie Valton
À l’occasion de la Cheers du 22 septembre au Badaboum, nous avons rencontré le beau Sven Løve pour parler des années 90, de la scène française actuelle et de narration.
Envie de se régaler les oreilles pendant la lecture ? On va écouter ça bien gentiment et jubiler :

Lorsqu’on voit le film Eden, on a le sentiment d’une grande nostalgie de ces années. Le titre, lui même, fait écho au paradis perdu. Penses-tu qu’il y a quelque chose de nostalgique dans la perpétuation de la Cheers et ce retour du garage et de la house des années 1990 ?

Je n’aime pas trop le terme nostalgie parce qu’il a une connotation, il laisse supposer que c’est terminé terminé. On a des bons souvenirs et des moins bons, c’était une période différente. D’ailleurs, avec Greg, on aime bien jouer au jeu des différences.

Mais on ne veut pas être là dedans vis à vis de la Cheers, sinon on se perd. C’est un peu ce qui s’est passé au Djoon où nous avions fait une soirée et nous étions toujours dans ce rapport de rejouer des vieux trucs. On s’est rendu compte que ce qu’il fallait c’est trouver un nouveau public. Et c’est ce qui s’est passé. On est assez surpris parce que c’est un public très jeune. Ça fait plaisir.

Que penses-tu de la nouvelle scène française ? Crois-tu qu’on puisse parler d’une french touch aujourd’hui ?

On a fait un live avec Groove Boys Project au badaboum, c’était extra fort.
Ils sont un peu dans un esprit « revival », même si j’aime pas trop ce mot. Ils parviennent à garder l’esprit de l’époque en insufflant quelque chose.

Je trouve qu’aujourd’hui il y a une vraie énergie créative, une envie très forte liée au fait que beaucoup de jeunes se posent la question du sens du travail, qu’ils veulent un truc qui ait un sens pour eux. Je pense que cette énergie vient de là. C’est marrant parce que ça fait écho aux questions que je pose dans mon roman.

C’est marrant ces trucs générationnels. Il y a des gens qui se sont rencontrés à la Cheers, qui se sont mariés, qui ont des enfants. C’est assez plaisant de voir ces boucles.

Et leurs enfants viennent aux Cheers maintenant ?

Non pas encore (sourire).
À la fin d’une des soirées, il y avait une jeune fille de 22 ans qui connaissait toutes les chansons. J’étais assez impressionné.

Avec l’accessibilité de la musique grâce à internet, la musique a un peu perdu de son aura.

Justement avec cette accessibilité de la musique, comment est-ce que tu découvres de nouveaux morceaux ? Est-ce que tu vas toujours chez des disquaires ? Comment les écoutes-tu ?

Internet aussi.
Petite constatation marrante, j’écoute les morceaux très vite. En écoutant rapidement, sur 5-10 secondes, je sais si c’est bon. Si il y a un truc qui tient un son. En si peu de temps je peux savoir si il y a quelque chose.
Pour mon mix pour radio FG, j’ai fait la sélection en deux heures. J’ai fait mon set et je me suis dit c’est vachement bien. Je l’ai réécouté et je suis assez content, il est assez construit.

C’est aussi parce que ça fait … (croisement de bras, yeux légèrement baissés, petit sourire) 27 ans que je fais ça.
Il y a une ambiance, une atmosphère dans le morceau qui marque.

Pour moi tu es avant tout quelqu’un qui aime raconter des histoires. Le film, ton livre Un emploi sur mesure, tes sets également … Mais j’imagine qu’il n’a pas fallu deux heures pour écrire ton livre … Y-a-t il pour toi des similitudes avec la construction d’un set ?

(Les bras toujours croisés, doucement) J’ai mis trois ans. Mais oui, il y a plusieurs rapports avec le livre ; le rythme, la construction.

Je rebondis sur l’idée de 5 secondes, c’est le fait d’être attentif aux histoires autour de moi et je les note. Pour la rigolade, je prenais un verre une copine et un gars que je connaissais à peine qui racontait son histoire avec une fille. Cette nana elle est complètement folle. J’ai tout de suite noté l’histoire. Le gars entend un splash dans le salon, il va voir et là elle faisait le poirier pour récupérer sa semence … je me suis dit ; ça il faudrait que je le mette dans un roman.

L’écriture c’est très construit, le choix d’un morceau lui est très intuitif. On met des morceaux techno puis un vocal et ça marche.

Du coup tes sets, est-ce quelque chose de spontané ou au contraire de mis au point en avance ? Comment l’interaction avec le public vient l’alimenter ? Quelle est la différence lorsqu’il s’agit d’un B2B avec Greg notamment ?

On a commencé par faire la teuf avec les amis. C’était pas très élaboré. Au début on passe des morceaux qu’on aime. Puis on a appris à développer des atmosphères.
On cherchait à être toujours on the top, mais parfois c’est pas mal de vider la piste, de faire tomber l’ambiance, d’avoir quelque chose de pas linéaire. Sinon on a quelque chose d’un peu plat.

Avec Greg, cela dépend des horaires qu’on se donne, comme ce soir, chacun fait sa partie, chacun fait son truc.

Vous ne faites pas l’un passe un morceau, puis l’autre en passe un autre ?

Non, on aime pas trop ça, on a jamais fait comme ça.

Mieux vaut la musique que mille mots, et ça tombe bien, Sven Love a accepté de vous livrer quelques sons…
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Le tropicalisme – Contre-culture sous les tropiques

Seja marginal, seja heroi
Petit tour d’horizon d’un mouvement culturel brésilien né dans la douleur dans les années 60.

Nul ne peut le nier, l’âge d’or du rock débute dès les sixties. Même en s’adaptant à de nombreux genres musicaux, les Beatles, les Rolling Stones et tous les autres rockeurs anglo-saxons se sont chargés de rendre le sacro-saint modèle guitares/batterie/chant en anglais mondialement incontournable. Difficile de dénicher des artistes de l’époque ayant une idée de la musique vraiment différente de la Beatlemania ou du psychédélisme californien. Et pourtant c’est au… Brésil, loin des rock stars, qu’une des innovations musicales les plus merveilleuses de l’Histoire du rock s’est opéré. Durant cette décennie, géniale pour la musique, moins géniale pour la liberté d’expression, un courant est né: le mouvement tropicaliste. C’est derrière ce nom que se cache en fait une des musiques les plus riches du monde. Complètement ancré dans son époque, le mouvement ne tarda pas à s’épuiser dès le début des années 1970, et s’ils ne subsistent de nos jours que dans les tréfonds des disquaires, les tropicalistes sont légitimement considérés comme les pères fondateurs de la musique moderne brésilienne. Retour sur une fabuleuse aventure musicale qui a durablement chamboulé la culture brésilienne.

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Windswept de Johnny Jewel : un vent de folie

Windswept - Johnny Jewel
Alors que son successeur, Digital Rain, est sorti fin janvier, retour sur l’un des meilleurs albums de 2017 et sur son mystérieux auteur.

Johnny Jewel fait partie de ces artistes dont l’arrogance est justifiée par le talent. Génie un brin fou, il est la tête pensante du label Italians Do It Better, qui abrite notamment Chromatics, Glass Candy, Symmetry et Desire, autant de groupes dont il fait lui-même partie. Il a également participé à de nombreuses bandes-originales, dont Drive, Lost River, Home et, c’est l’objet de notre article, la troisième saison de Twin Peaks. Cette relation que Johnny Jewel entretient avec le cinéma est symptomatique de ce qui fait la force de sa musique : une ambiance très imagée, qui donne l’impression en écoutant ses chansons qu’on est soi-même le héros d’un film. Le voir dans l’univers de Lynch sonne alors comme une évidence, tant le réalisateur s’est évertué à rendre lui aussi la musique cinématographique.

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NKOTR 2018 : A vos votes !

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NKOTR 2018 : A vos votes !

En ce début d’année, on espère que les festivités ont été bonnes et que 2018 vous apportera son lot de générosité, de musique et de curiosité. Chouette nouvelle pour entamer l’année, New Kids on the Rocks arrive à grands pas, et vous avez l’opportunité de choisir les 4 groupes qui joueront sur la scène du Réservoir le lundi 15 janvier prochain.

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