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La musique au fil du temps

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Inutile de préciser que ces derniers mois ont été difficiles pour le monde de la musique. Cloisonnés chez nous, loin des caissons de basses et des éclaboussures de bière, nous n’avons pas pu goûter aux plaisirs des concerts et des festivals cet été. Mais la musique n’a pas rendu les armes, loin de là, elle s’est adaptée. Si elle reste omniprésente dans nos oreilles, les artistes ont dû redoubler d’imagination pour pouvoir se représenter sur scène. Plus encore, c’est sans doute dans la musique que nous avons trouvé refuge durant ces derniers mois, et c’est avec la musique aussi que nous nous en sortirons.
Fini de plomber l’ambiance, cliquez et voyagez avec nous pour découvrir des sons qui représentent le monde d’avant, de maintenant … et de demain.

Le monde d’avant

Classique des classiques, cette pépite britannique nous a direct replongé dans l’ambiance new wave des années quatre-vingt. Combinaisons fluo, coupe en brosse, nylon à gogo et musique électronique nous sont balancées à la gueule sur le rythme magnétique du synthétiseur. Flashback d’une époque révolue où la proximité physique était possible voire même recommandée. Cliquez pour vous laisser embarquer.

Musique parfaite pour un ralenti de film, à écouter sans Moderation, en toute situation. Modeselektor et Apparat mettent sur pause et nous demandent de revenir en arrière : sur ce track électro pur jus, on est transférés sur le champ dans un hangar berlinois éclairé au stroboscope. En fermant les yeux on pourra même se rappeler les vibrations de la sono et les bousculades pogotesques anciennement si chères à notre cœur. Cliquez et résonnez.


Le monde de maintenant

Comment continuer à partager sa musique lorsque l’on est confiné ?

Si traditionnellement des plateformes comme Soundcloud, Spotify ou Bandcamp étaient utilisées, le confinement fut l’occasion pour les artistes d’explorer une des options de Facebook, les lives, afin de toucher un public plus large. En dessous, un de nos shamset préféré de ces derniers mois.

https://www.facebook.com/watch/?v=853587831842113

Tous masqués et confinés, loin de l’ébullition des concerts, il est difficile de trouver l’inspiration. Cependant, une étude publiée par MRC Data pour Billboard montre que la créativité des performances visuelles prend aujourd’hui un rôle plus important que jamais dans le succès des musiciens. En dessous, Bonnie Banane qui arbore une tenue flamboyante pour la promotion de son deuxième album « Sexy Planet » chez Radio Nova.

https://www.facebook.com/watch/?v=355753902357641

Le monde d’après 

Rone c’est beaucoup de critique sur la société actuelle mais c’est avant tout un appel à la réflexion, un appel à penser le monde d’après.

Alain Damasio nous donne une idée du monde de demain avec « Bora Vocal » : véritable ode à la vie rappelant encore une fois que « le consulting c’est de la merde ».

« Babel » c’est la rencontre des peuples, c’est l’envie de retrouver l’autre bout du monde et de quitter ce canapé miteux sur lequel on traîne depuis des mois.

Le monde d’après il est vivant, il est libre, et il sera beau.

 

Adrien, Alice et Hauteclaire

Dans le casque de Clément – Playlist Dõu BraSil

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Dans le casque de Clément – Playlist Dõu BraSil

Cette fois ci c’est la playlist de Clément Gamberini, notre doux moustachu dégingandé, qu’on vous invite à découvrir.

La présentation de Dj Clems :

A ceux qui cherchaient une bande sons pour regarder les des compilations de skills de Neymar, Ronaldinho ou Garrincha pour les plus nostalgiques, à ceux qui cherchent à s’évader de leurs sheets excel, à ceux qui souhaitent voyager même si leur échange a été annulé, à ceux qui cherchent des sons un peu bobos pour faire les intéressant en soirée, cette liste jouer non exhaustive et évolutive, mélangeant musique traditionnel et remix boom boom est faite pour vous ! A écouter dans l’ordre.

 

Dans le casque d’Eliott – Rock Psyché

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Dans le casque d’Eliott

Malgré l’impression que peut renvoyer le Sham d’être une asso qui n’écoute que de la techno et de l’électro, nous ne sommes pas Berliner, et il faut savoir que les shamis ont tous des goûts musicaux très différents. Ca peut être un peu chiant quand il s’agit de se mettre d’accord pour passer une musique, mais c’est finalement assez génial de pouvoir se plonger dans l’univers musical des camarades Shamis et de découvrir des sons qu’on aurait jamais eu l’idée de chercher seul.

Pour commencer cette nouvelle série de playlist, on vous propose de faire un tour du côté du casque d’Eliott, un nouveau shami tout frais, qui renoue avec les racines du sham pour nous partager sa playlist de Rock Psyché.

Je vous présente cette playlist qui constitue un tour d’horizon de l’univers musical du rock psychédélique. Utilisant un corpus de 28 artistes différents, je vous propose de découvrir les différentes ambiances et influences de ce style musical qui m’est cher. Des pontes établis, pères spirituels de ce genre, aux occurrences plus récentes mais non pas moins riche, je vous invite à ouvrir votre troisième œil. Mon but, je l’avoue, est de vous perdre dans la psyché parfois torturée de ces artistes. Alors, laissez vous porter, oubliez votre gris confinement, fermez les yeux et, l’espace d’un instant (ou de 10 heures pour les plus courageux), laissez-moi donner à votre salon une saveur de Woodstock. Pour pleinement apprécier cette sélection j’encourage ceux qui le peuvent à l’écouter en plein air, idéalement dans en endroit où le béton s’efface. Je vous souhaite une bonne écoute and rock on! – Eliott

 

 

राजस्थान – Plongée musicale au pays des rois.

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Pour voyager avec les oreilles, il faut s’imaginer la culture, l’histoire et l’essence qui a créé l’œuvre qui nous parvient. J’aimerais vous faire voyager un peu aujourd’hui dans une région particulière de l’Inde. Celle, pleine de spiritualité, qui a inspiré les Beatles et qui inspire encore. Je vous présente un court aperçu de l’immensité du Rajasthan. 


 

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La musique traditionnelle indienne.

Dans la musique traditionnelle indienne, on distingue le folk et la musique savante. Toutes deux avec des racines qui remontent profondément à travers l’histoire de l’Inde. Le folk rajasthani porté par les tribus des Manganiars et Langhas raconte des histoires épiques, d’amour et de guerres qui retracent toute la mythologie indienne. Les Raja d’Udaipur, de Jodpur, ou de Bikaner ont, dès le XVème siècle, accueilli dans leurs cours les nombreuses castes de musiciens qui parcourent le Rajasthan.

 

Kesariya baalam aao ni

My saffron love, come

Padharo ni mhare des re

Please come to my land

 

C’est des plaines arides, des temples et des grands forts Rajasthani qu’émane cette invitation.

Le Rajasthan est une région de l’Inde qui longe le Pakistan; le désert du Thar en couvre la moitié à l’Est et une forêt boise le sud Est. Les communautés Manganiars du désert ont probablement composé Kesariya baalam.
Kesariya vient de Kesar, le safran, une épice présente dans la cuisine et les cérémonies religieuses en Inde. La couleur de cette épice représente des valeurs nobles, la pureté ou la bravoure et se retrouve dans les turbans colorés des mariages indiens. Baalam signifie ‘amant’. C’est Maru qui accueille Dhola, son amant Rajput revenu de la guerre.

 

नैना मीठी कामरी

Naina meethee kamari

रन मीठी तलवार

Ran meethee talwar

 

Les rajputs, littéralement ‘fils de roi’

Ces guerriers sont issus des castes de combattants qui peuplaient le Rajasthan. Ce sont leurs histoires qui sont transmises par les Manganiars et Langhas souvent invités pour accompagner leurs mécènes Rajputs à la guerre. Kesariya baalam a subi de nombreuses évolutions au cours temps, on l’associe aujourd’hui à une chanson de bienvenue pour tous ceux qui visitent le Rajasthan et les paroles omettent les mentions guerrières comme ‘Meethee talwar’ ( douce épée en Hindi ).

 

 

 

On retrouve les amants Dhola et Maru dans des films bollywood mais également dans le khyāl, le théâtre folklorique rajasthani. C’est les aventures un peu romanesques de deux amoureux mariés dans l’enfance qui cherchent à se retrouver. Comme beaucoup de chants, cette histoire a subi l’influence du temps faisant disparaître petit à petit ses origines. Les Manganiars et les Langhas continuent de chanter cette balade.

 

 

Ces musiciens perdurent leur art à travers un système élaboré d’apprentissage où tout le répertoire musical est transmis oralement.  Venu du Sindh (une des quatre provinces Pakistanaises après la partition), les Langhas travaillent pour des patrons Musulmans. Ils pratiquent des instruments qui leur sont propres comme la Sindh Sarangi, un instrument en bois de sheesham avec des cordes en acier et en intestin de chèvre.

 

 

D’autres communautés peuplent le désert du Thar.

Les Kalbelia ont acquis une reconnaissance internationale à partir de 1985 après l’émergence de Gulabi Sapera, une artiste qui a propulsé sa caste au-devant d’institutions nationales puis mondiales. Traditionnellement nomades, les Kalbelia gagnent leur vie en tant que charmeur de serpent. Ils ont été contraints de renoncer à cette activité après la loi relative à la protection de la faune de 1972. Titi Robin a contribué à populariser Gulabi Sapera en collaborant sur plusieurs albums qui réactualisent joliment le folklore Kalbelia.  

 

 

On raconte qu’à sa naissance Gulabi Sapera a été enterrée vivante. Septième enfant d’une famille pauvre, et d’une caste marginalisée,  son histoire est marquée de combat : contre la rigidité de sa caste, pour vivre, et pour se faire reconnaître. 

 

« Your community did not allow women to dance. Who helped you to move ahead? »

« Maharani Gayatri Devi and a few other royals explained and encouraged my family to allow me to pursue my snake charmers dance. Breaking all norms posed by my community, I moved forward. Thanks to Maharaniji I continued dancing. (1) »

 

En brisant les normes imposées par sa communauté, elle réussit un tour de force inhabituel dans une Inde où l’autonomie des castes n’a été affaiblie que par la constitution de 1947. La résistance à la modernisation prend parfois des formes très brutes où des communautés refusent toujours aux femmes de travailler en dehors de la maison.  

 

 

Entre les tuk-tuk et les dromadaires,

on trouve aussi à Jaipur une grande variété d’artistes qui descendent sûrement du Gunjikhana, le département des virtuoses du Raja. Le Gunjikhana a supporté pendant plusieurs siècles des générations d’artistes de toutes sortes. 

Le département des virtuoses n’existe plus, mais la diversité musicale perdure et Jaipur a fait naître de nombreux artistes.  

 

 

Mehdi Hassan (1927-2012)

Mehdi Hassan ou Shahenshah-e-Ghazal (roi du ghazal) a nourri une immense discographie -plus de 600 chansons dans 445 films –  à travers sa double culture née de la partition Indienne. Il écrit et chante des Ghazals, une forme de poésie courtoise originaire de Perse. Les Ghazals racontent les douleurs des séparations mais aussi la beauté de l’amour malgré cette peine. C’est Goethe découvrant des ouvrages Perses qui célèbre le ghazal en Europe.

 

 

main to mar kar bhee meree jaan tujhe chaahoonga

même en mourant je t’aimerais 

zindagee mein to sabhee pyaar kiya karate hain

Dans la vie tout le monde aime

mainne dhadakan kee tarah dil mein basaaya hai tujhe

Je t’ai inscrit dans mon coeur comme les battements qui le rythment.

 

Sa musique oublie tout différend entre l’Inde et le Pakistan. Ses concerts sont toujours accompagnés d’un Kesariya Baalam, une ode à sa région natale le Rajasthan. 

« Khan shab apka talukh Rajasthan Jaipurse hai, [..] wahan ka kuch khaas »

« M.Khan vous venez de Jaipur, Rajasthan, avez-vous quelque chose de spécial de là-bas ? »

 


 

L’Inde est un pays vaste et plein de culture, chaque art évolue dans une multitude de contextes qui varient selon les régions. Chaque région possède ses propres influences tirées des nombreuses castes et des changements apportés par le temps. Le cours des choses a fait vivre une tradition musicale importante et il est bien réducteur de voir aujourd’hui la musique indienne représentée par le Bollywood; un pan de la musique qui s’occidentalise de plus en plus. La musique classique, pleine de spiritualité ouvre des rythmes et des mélodies inconnus en Occident. Au contraire de nos gammes, la fréquence de base n’est pas fixé, et on laisse une grande part à l’improvisation. Je vous laisse sur l’artiste que j’écoute quand je médite. 

Musicalement,

Anu Meena

 

 

Pour aller plus loin

Social Mobility Through Rural-Urban Migration: A Case of Traditional ‘Manganiyar and Langa’ Desert Tribes of Rajasthan, India

The Dhola-Maru in Rajasthani Folk Theatre 

asianage.com – kalbeliya-dancer-who-charms (1)

rajrathore.com – Kesariya Balam’ meaning, original composition, lyrics & story behind

riffdiaries.com – Desert Strings – An Interview with Asin Khan Langa

 

Jedi Mind Tricks : haine et ésotérisme à Illadelphia

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Jedi Mind Tricks ? Serait-ce le titre du nouveau Star Wars ? Un titre alternatif pour le film Les Chèvres du Pentagone ? Pas vraiment.

Jedi Mind Tricks (JMT) c’est le nom du groupe américain de rap qui voit le jour dans les rues froides de Philadelphie en 1993. Fondé par Vinnie Paz (ou Ikon The Verbal Hologram), qui se chargera des lyrics, et par Stoupe the Enemy of Mankind, créateur de la majorité des prods des premiers albums, Jedi Mind Tricks est un collectif de rap hardcore et underground qui se démarque par la noirceur et la haine qu’il dégage dès les premières écoutes. En me référant principalement à leurs deux premiers albums, The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness (1997) et Violent by Design (2000) (album à partir duquel le rappeur Jus Allah rejoint le groupe), je vais essayer d’entrer et d’explorer l’univers biblique, lugubre et violent tout droit sorti de l’imagination malade de trois chevaliers de l’Apocalypse.

« Prepare for the verbal war » : l’horrorcore philadelphien

« Prepare for the verbal war » : ce sont les premiers mots de Vinnie Paz sur le premier album du groupe. Cette entrée en matière pose un cadre clair : Paz est en guerre.

En effet, bien que certains titres comme Souls from the street, Get this Low ou encore Tug of War profitent d’une prod puisant son inspiration dans des accords et une rythmique jazz, avec un kick moins puissant et moins présent, c’est un MC belliqueux que l’on retrouve en face du micro. La voix et le flow de Vinnie sont assez uniques : c’est un cri de rage venant du cœur. Sa voix est rauque et ses rimes sont crues. Jus Allah, atteint de la même fièvre, profère ainsi dans Blood Runs Cold :

 

« I’m the motherfucking ungrateful

My heart is hateful, my tongue ripped

Licking on the blade that slayed you »

Vinnie Paz continue plus tard, avec sa propre conception de la beauté :

 

I find beauty in razors

I find beauty in blood dripping from ya faces

[…]

I find beauty in twelve gauges (une référence à une arme à feu)

I find beauty in teaching you what the definition of pain is

I find beauty in stainless

 

Cette violence, qui est omniprésente sur les deux albums, est souvent liée à des envolées d’ego-trips meurtriers. Une explication à cette soif de sang réside dans l’admiration de Vinnie Paz pour les films d’horreur et les slashers. Le rap de Jedi Mind Tricks semble donc plus se rapprocher de l’horrorcore que du rap hardcore, en raison des messages délaissant leur dimension politique au détriment d’une esthétique gore.

Avec un découpage tranchant des syllabes au rythme d’un kick viril (son couplet sur Death March est un des innombrables exemples de ce gore auditif), le natif de Philadelphie est un héraut de mauvais augure vociférant des prophéties violentes et maudites. Cette comparaison religieuse n’est pas anodine, et on le comprend dès la première écoute et en regardant les titres de The Pyscho-Social.

Mysticisme sombre et spiritualité délirante

Dans le morceau d’intro de l’album The Pyscho-Social, Vinnie Paz, ou Ikon The Verbal Hologram à l’époque, se présente :

 

God divided the Light from the Darkness

And God called the Light, Day

And the Darkness he called

The Verbal Hologram

 

Ikon se voit donc comme une puissance biblique du rap, métaphore récurrente de ses qualités de MC. Mais, il est aussi empreint d’autres mythes et théologies. En effet le rappeur philadelphien affectionne le mélange des symboles et des mythes, comme peut le témoigner cette pochette :

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La spiritualité des deux rappeurs et les jugements divins sont des thèmes centraux. Dans Heavenly Divine, Vinnie Paz parle de son rejet du catholicisme et de sa conversion à l’Islam, et ce n’est pas le gore qui manque :

 

Broke into the Vatican, strangled the Pope with his rosary

What, what, what, what, what, what, what, what, what…

 

Ainsi, dans le premier album, Vinnie Paz accorde une place centrale à la religion et à la paranoïa, sujets relégués au second plan dans le second album, au profit de la violence (descriptions exagérément longues et précises des moyens de tuer un homme) et de ses pouvoirs magiques métaphoriques. Violent by design marque donc cette glorification de la violence, et il est amusant de penser Jedi Mind Tricks comme un groupe de « rap death metal ». En effet si l’on prend certains titres comme Butcher Knife Bloodbath, Chinese Water Torture ou encore The Executioners Dream, mêlés avec les visuels de certains albums et morceaux, on comprend ce rapprochement.

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Jedi Mind Tricks c’est aussi des phases délirantes, tellement épiques et mystiques qu’elles en deviennent drôles.

Transport immortals in portals toward an Egyptian land

To then erect complex architect structures and pyramids

[…]

But my ship sails amongst cosmic whales and intergalactic pirates

Telling tales of trails left by the gods

On comprend donc bien que les paroles de Vinnie Paz sont celles d’un illuminé, mais aussi celles d’un conspirationniste.

The Coming of Tan : les délires conspirationnistes

Le premier album est un manifeste de paranoïaque et de complotiste, en témoigne tout d’abord son titre The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness (sous-titre du second livre de la série Matrix de Valdamar Valerian), mais aussi certains morceaux, comme Communion : The Crop Circle Thesis, Books of blood : the Coming of Tan ou encore Apostle creed.

Ainsi, dans l’intro de Book of blood, on peut entendre un sample de Riley Martin, auteur du livre The Coming of Tan, dans lequel il raconte sa rencontre avec des aliens :

« Perhaps you will believe the million feet of film that’s been taken above… uh… Mexico City, and various other places. If you think that you are alone in this universe or that you are the guardians of this universe, then you are rudely mistaken. »

El Eloh, ici en feat, développe ensuite au long de son couplet toutes les théories justifiant l’existence d’une « entité biologique extraterrestre » (petits-gris, reptiliens, O.V.N.I., passages de La Bible, rôle de la C.I.A. et du Vatican).  Mais, plus tard dans le morceau, on voit Vinnie Paz évoquer d’autres théories complotistes hors-sujets, comme la théorie de la création du SIDA de la part du G7 en 1969, afin de tuer les Africains. Dans Communion : The Crop Circle Thesis, El Eloh, The Breath of Juda et Vinnie Paz décrivent un monde spatial froid, dans lequel toutes les illuminations des théoriciens des « crop circles » existent.

Les prods de Stoupe sur ces morceaux sont particulièrement réussies et installent avec leur rythme lent une ambiance inquiétante et lugubre.

La magie de Stoupe, The Enemy of Mankind

Comment obtenir un univers sonore aussi riche et unique ? Et bien il faut Stoupe the Enemy of Mankind. À vrai dire, je ne pense pas que j’aurais écris cet article si Stoupe n’était pas un producer aussi talentueux.

Ainsi, sur la quasi-totalité des prods des deux projets, c’est Stoupe the Enemy of Mankind qui est le magicien aux commandes. Stoupe est un Gargantua des samples, car il semble ingérer toutes les œuvres qu’il a entendu, vu ou lu, pour ensuite les digérer et les incruster dans ses prods.

On retrouve alors des extraits du dessin-animé Fourmiz, de La Bible, de films comme HellraiserSe7en ou Pi, d’autres groupes de rap (Wu-tang Clan, The Pharcyde, Mobb Deep ou encore A Tribe Called Quest), de credos militaires japonais (qui me rappellent beaucoup l’ambiance de Ghost Dog : The Way of the Samouraï de Jim Jarmusch), etc… C’est ce choix de samples et cette diversité qui permettent à Stoupe de créer de véritables univers auditifs cohérents, avant même qu’on entende les textes de Vinnie Paz ou Jus Allah.

En prenant pour exemple le morceau Chinese Water Torture, on sait dès les premières secondes que Stoupe nous a trainé dans une salle de torture d’un cachot humide. Dans The Immaculate Conception, le sample bouclé du film Lord of Illusisons (1995) transmet immédiatement une atmosphère fantomatique et torturée.

Toutefois, Stoupe ne se concentre pas seulement sur des prods violentes ou gothiques. Comme souligné plus tôt, il maîtrise aussi la production de pistes plus jazz, avec un rythme ternaire, comme dans Souls from The Streets, avec des transitions et des changements de rythmes géniaux.

Les visuels : les miroirs des pensées malades des JMT

Toute la richesse des productions et des paroles, les diverses influences, se retrouvent dans les nombreux visuels et pochettes d’album du groupe : le fantastique, le mysticisme, les visions d’horreur, la violence, la conspiration, etc…

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Conclusion

La première fois que j’ai entendu un couplet de Vinnie Paz sur une instru de Stoupe, c’est un véritable O.V.N.I. auditif (sans mauvais jeux de mots) qui est parvenu à mes oreilles. Je vous conseille vivement d’écouter les deux premiers albums de JMT, même si l’horrorcore ou les délires illuminés ne vous disent rien, car ils sont bien plus que ça.

Néanmoins, on pourrait parfois regretter une certaine monotonie qui s’installe après quelques écoutes, car le flow et la technique de Vinnie Paz et de Jus Allah peinent parfois à surprendre. Il est aussi important de souligner l’homophobie assumée et choquante de certains passages de Vinnie Paz. Donc, si vous appréciez le travail de Stoupe, mais que vous vous lassez de ses deux compères, celui-ci a sorti en 2019, de son côté, un concept album entièrement instrumental, intitulé They. De même, les quatre morceaux clôturant The Psycho-Social sont pour moi les morceaux sur lesquels on peut le plus apprécier le talent de l’Ennemi de l’Humanité. Avec des ressemblances dans le flow et une prod jazzy, on écoute une fin d’album ayant des airs de A Tribe Called Quest, ce qui donne un premier projet, à mon goût, plus équilibré que le second.

 

Assez parlé, à vous d’écouter !

 

 

Jedi Mind Tricks : haine et ésotérisme à Illadelphia

Courte histoire du Kwaito, la house à la sud-africaine

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Le genre a émergé à Johannesburg en Afrique du Sud entre la fin des années 80 et le début des années 90, coïncidant donc au moment de la fin de l’Apartheid

Appropriation et mélange de différents styles, le kwaito c’est une jolie mayonnaise un peu inédite. La base musicale est inspirée du disco africain, du bubblegum notamment et de la house (US, UK). Les vocales qui accompagnent le morceau s’inscrivent dans la lignée du rap et du hip-hop avec ceci que les paroles empruntent à moult dialectes et patois de la région.

Tout a commencé dans les clubs de la ville à la fin des années 80 où les DJs ont commencé à remixer les tubes house du moment en essayant de leur donner une teinte un peu plus locale avec un style inspiré de la musique africaine : un BPM plus lent, des synthés par-ci par-là pour les lignes de basse, des percussions africaines…  Une autre grande source d’inspiration a été le style bubblegum, un genre de disco qui s’est pas mal développé dans les années 80, porté par des artistes comme Chicco Twala. Déjà à l’époque, le bubblegum faisait un savant mélange de langues entre l’anglais et d’autres dialectes et parlait de la vie dans les ghettos.

Le style kwaito a très vite été approprié dans les townships (les quartiers défavorisés) et porté par les populations jeunes, ceci d’autant plus qu’à cette époque, la moitié des habitants d’Afrique du Sud était âgée de moins de 21 ans. L’apartheid donne alors de nouvelles possibilités d’expressions à la jeunesse et ils vont le faire en premier lieu dans la musique. Le Kwaito, dérivé de « kwaai » qui veut dire « chaud » ou « en colère » dans l’argot local, parle avant tout de la vie dans les townships. Plus qu’un genre musical, le kwaito est devenu une véritable façon de s’affirmer, un état d’esprit, un mode de vie et a même développé un pas de danse attitré.

Boom Shaka forme le premier groupe de kwaito à passer à la radio, ils vendaient leurs cassettes depuis leur voiture et déambulaient dans les rues en mettant le son à fond. En 1996, le groupe TZKee sort « Take it eezy » et connaît un franc succès. Deux ans plus tard, le même groupe sera choisi pour écrire un morceau pour l’équipe nationale de foot, « Shibobo ».

Le kwaito n’a eu de cesse de se répandre, de voir de nouveaux artistes à sa tête… Kamazu, Arthur, O’Da Meesta, Skeem pour n’en citer que quelques uns !

Il est aujourd’hui remis au goût du jour pour notre plus grand plaisir dans certains disquaires et par certains collectifs de DJs à l’instar de Mercredi Records.

 

Assez parlé, à vous d’écouter !