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राजस्थान – Plongée musicale au pays des rois.

 

Pour voyager avec les oreilles, il faut s’imaginer la culture, l’histoire et l’essence qui a créé l’œuvre qui nous parvient. J’aimerais vous faire voyager un peu aujourd’hui dans une région particulière de l’Inde. Celle, pleine de spiritualité, qui a inspiré les Beatles et qui inspire encore. Je vous présente un court aperçu de l’immensité du Rajasthan. 


 

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La musique traditionnelle indienne.

Dans la musique traditionnelle indienne, on distingue le folk et la musique savante. Toutes deux avec des racines qui remontent profondément à travers l’histoire de l’Inde. Le folk rajasthani porté par les tribus des Manganiars et Langhas raconte des histoires épiques, d’amour et de guerres qui retracent toute la mythologie indienne. Les Raja d’Udaipur, de Jodpur, ou de Bikaner ont, dès le XVème siècle, accueilli dans leurs cours les nombreuses castes de musiciens qui parcourent le Rajasthan.

 

Kesariya baalam aao ni

My saffron love, come

Padharo ni mhare des re

Please come to my land

 

C’est des plaines arides, des temples et des grands forts Rajasthani qu’émane cette invitation.

Le Rajasthan est une région de l’Inde qui longe le Pakistan; le désert du Thar en couvre la moitié à l’Est et une forêt boise le sud Est. Les communautés Manganiars du désert ont probablement composé Kesariya baalam.
Kesariya vient de Kesar, le safran, une épice présente dans la cuisine et les cérémonies religieuses en Inde. La couleur de cette épice représente des valeurs nobles, la pureté ou la bravoure et se retrouve dans les turbans colorés des mariages indiens. Baalam signifie ‘amant’. C’est Maru qui accueille Dhola, son amant Rajput revenu de la guerre.

 

नैना मीठी कामरी

Naina meethee kamari

रन मीठी तलवार

Ran meethee talwar

 

Les rajputs, littéralement ‘fils de roi’

Ces guerriers sont issus des castes de combattants qui peuplaient le Rajasthan. Ce sont leurs histoires qui sont transmises par les Manganiars et Langhas souvent invités pour accompagner leurs mécènes Rajputs à la guerre. Kesariya baalam a subi de nombreuses évolutions au cours temps, on l’associe aujourd’hui à une chanson de bienvenue pour tous ceux qui visitent le Rajasthan et les paroles omettent les mentions guerrières comme ‘Meethee talwar’ ( douce épée en Hindi ).

 

 

 

On retrouve les amants Dhola et Maru dans des films bollywood mais également dans le khyāl, le théâtre folklorique rajasthani. C’est les aventures un peu romanesques de deux amoureux mariés dans l’enfance qui cherchent à se retrouver. Comme beaucoup de chants, cette histoire a subi l’influence du temps faisant disparaître petit à petit ses origines. Les Manganiars et les Langhas continuent de chanter cette balade.

 

 

Ces musiciens perdurent leur art à travers un système élaboré d’apprentissage où tout le répertoire musical est transmis oralement.  Venu du Sindh (une des quatre provinces Pakistanaises après la partition), les Langhas travaillent pour des patrons Musulmans. Ils pratiquent des instruments qui leur sont propres comme la Sindh Sarangi, un instrument en bois de sheesham avec des cordes en acier et en intestin de chèvre.

 

 

D’autres communautés peuplent le désert du Thar.

Les Kalbelia ont acquis une reconnaissance internationale à partir de 1985 après l’émergence de Gulabi Sapera, une artiste qui a propulsé sa caste au-devant d’institutions nationales puis mondiales. Traditionnellement nomades, les Kalbelia gagnent leur vie en tant que charmeur de serpent. Ils ont été contraints de renoncer à cette activité après la loi relative à la protection de la faune de 1972. Titi Robin a contribué à populariser Gulabi Sapera en collaborant sur plusieurs albums qui réactualisent joliment le folklore Kalbelia.  

 

 

On raconte qu’à sa naissance Gulabi Sapera a été enterrée vivante. Septième enfant d’une famille pauvre, et d’une caste marginalisée,  son histoire est marquée de combat : contre la rigidité de sa caste, pour vivre, et pour se faire reconnaître. 

 

« Your community did not allow women to dance. Who helped you to move ahead? »

« Maharani Gayatri Devi and a few other royals explained and encouraged my family to allow me to pursue my snake charmers dance. Breaking all norms posed by my community, I moved forward. Thanks to Maharaniji I continued dancing. (1) »

 

En brisant les normes imposées par sa communauté, elle réussit un tour de force inhabituel dans une Inde où l’autonomie des castes n’a été affaiblie que par la constitution de 1947. La résistance à la modernisation prend parfois des formes très brutes où des communautés refusent toujours aux femmes de travailler en dehors de la maison.  

 

 

Entre les tuk-tuk et les dromadaires,

on trouve aussi à Jaipur une grande variété d’artistes qui descendent sûrement du Gunjikhana, le département des virtuoses du Raja. Le Gunjikhana a supporté pendant plusieurs siècles des générations d’artistes de toutes sortes. 

Le département des virtuoses n’existe plus, mais la diversité musicale perdure et Jaipur a fait naître de nombreux artistes.  

 

 

Mehdi Hassan (1927-2012)

Mehdi Hassan ou Shahenshah-e-Ghazal (roi du ghazal) a nourri une immense discographie -plus de 600 chansons dans 445 films –  à travers sa double culture née de la partition Indienne. Il écrit et chante des Ghazals, une forme de poésie courtoise originaire de Perse. Les Ghazals racontent les douleurs des séparations mais aussi la beauté de l’amour malgré cette peine. C’est Goethe découvrant des ouvrages Perses qui célèbre le ghazal en Europe.

 

 

main to mar kar bhee meree jaan tujhe chaahoonga

même en mourant je t’aimerais 

zindagee mein to sabhee pyaar kiya karate hain

Dans la vie tout le monde aime

mainne dhadakan kee tarah dil mein basaaya hai tujhe

Je t’ai inscrit dans mon coeur comme les battements qui le rythment.

 

Sa musique oublie tout différend entre l’Inde et le Pakistan. Ses concerts sont toujours accompagnés d’un Kesariya Baalam, une ode à sa région natale le Rajasthan. 

« Khan shab apka talukh Rajasthan Jaipurse hai, [..] wahan ka kuch khaas »

« M.Khan vous venez de Jaipur, Rajasthan, avez-vous quelque chose de spécial de là-bas ? »

 


 

L’Inde est un pays vaste et plein de culture, chaque art évolue dans une multitude de contextes qui varient selon les régions. Chaque région possède ses propres influences tirées des nombreuses castes et des changements apportés par le temps. Le cours des choses a fait vivre une tradition musicale importante et il est bien réducteur de voir aujourd’hui la musique indienne représentée par le Bollywood; un pan de la musique qui s’occidentalise de plus en plus. La musique classique, pleine de spiritualité ouvre des rythmes et des mélodies inconnus en Occident. Au contraire de nos gammes, la fréquence de base n’est pas fixé, et on laisse une grande part à l’improvisation. Je vous laisse sur l’artiste que j’écoute quand je médite. 

Musicalement,

Anu Meena

 

 

Pour aller plus loin

Social Mobility Through Rural-Urban Migration: A Case of Traditional ‘Manganiyar and Langa’ Desert Tribes of Rajasthan, India

The Dhola-Maru in Rajasthani Folk Theatre 

asianage.com – kalbeliya-dancer-who-charms (1)

rajrathore.com – Kesariya Balam’ meaning, original composition, lyrics & story behind

riffdiaries.com – Desert Strings – An Interview with Asin Khan Langa

 

Jedi Mind Tricks : haine et ésotérisme à Illadelphia

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Jedi Mind Tricks ? Serait-ce le titre du nouveau Star Wars ? Un titre alternatif pour le film Les Chèvres du Pentagone ? Pas vraiment.

Jedi Mind Tricks (JMT) c’est le nom du groupe américain de rap qui voit le jour dans les rues froides de Philadelphie en 1993. Fondé par Vinnie Paz (ou Ikon The Verbal Hologram), qui se chargera des lyrics, et par Stoupe the Enemy of Mankind, créateur de la majorité des prods des premiers albums, Jedi Mind Tricks est un collectif de rap hardcore et underground qui se démarque par la noirceur et la haine qu’il dégage dès les premières écoutes. En me référant principalement à leurs deux premiers albums, The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness (1997) et Violent by Design (2000) (album à partir duquel le rappeur Jus Allah rejoint le groupe), je vais essayer d’entrer et d’explorer l’univers biblique, lugubre et violent tout droit sorti de l’imagination malade de trois chevaliers de l’Apocalypse.

« Prepare for the verbal war » : l’horrorcore philadelphien

« Prepare for the verbal war » : ce sont les premiers mots de Vinnie Paz sur le premier album du groupe. Cette entrée en matière pose un cadre clair : Paz est en guerre.

En effet, bien que certains titres comme Souls from the street, Get this Low ou encore Tug of War profitent d’une prod puisant son inspiration dans des accords et une rythmique jazz, avec un kick moins puissant et moins présent, c’est un MC belliqueux que l’on retrouve en face du micro. La voix et le flow de Vinnie sont assez uniques : c’est un cri de rage venant du cœur. Sa voix est rauque et ses rimes sont crues. Jus Allah, atteint de la même fièvre, profère ainsi dans Blood Runs Cold :

 

« I’m the motherfucking ungrateful

My heart is hateful, my tongue ripped

Licking on the blade that slayed you »

Vinnie Paz continue plus tard, avec sa propre conception de la beauté :

 

I find beauty in razors

I find beauty in blood dripping from ya faces

[…]

I find beauty in twelve gauges (une référence à une arme à feu)

I find beauty in teaching you what the definition of pain is

I find beauty in stainless

 

Cette violence, qui est omniprésente sur les deux albums, est souvent liée à des envolées d’ego-trips meurtriers. Une explication à cette soif de sang réside dans l’admiration de Vinnie Paz pour les films d’horreur et les slashers. Le rap de Jedi Mind Tricks semble donc plus se rapprocher de l’horrorcore que du rap hardcore, en raison des messages délaissant leur dimension politique au détriment d’une esthétique gore.

Avec un découpage tranchant des syllabes au rythme d’un kick viril (son couplet sur Death March est un des innombrables exemples de ce gore auditif), le natif de Philadelphie est un héraut de mauvais augure vociférant des prophéties violentes et maudites. Cette comparaison religieuse n’est pas anodine, et on le comprend dès la première écoute et en regardant les titres de The Pyscho-Social.

Mysticisme sombre et spiritualité délirante

Dans le morceau d’intro de l’album The Pyscho-Social, Vinnie Paz, ou Ikon The Verbal Hologram à l’époque, se présente :

 

God divided the Light from the Darkness

And God called the Light, Day

And the Darkness he called

The Verbal Hologram

 

Ikon se voit donc comme une puissance biblique du rap, métaphore récurrente de ses qualités de MC. Mais, il est aussi empreint d’autres mythes et théologies. En effet le rappeur philadelphien affectionne le mélange des symboles et des mythes, comme peut le témoigner cette pochette :

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La spiritualité des deux rappeurs et les jugements divins sont des thèmes centraux. Dans Heavenly Divine, Vinnie Paz parle de son rejet du catholicisme et de sa conversion à l’Islam, et ce n’est pas le gore qui manque :

 

Broke into the Vatican, strangled the Pope with his rosary

What, what, what, what, what, what, what, what, what…

 

Ainsi, dans le premier album, Vinnie Paz accorde une place centrale à la religion et à la paranoïa, sujets relégués au second plan dans le second album, au profit de la violence (descriptions exagérément longues et précises des moyens de tuer un homme) et de ses pouvoirs magiques métaphoriques. Violent by design marque donc cette glorification de la violence, et il est amusant de penser Jedi Mind Tricks comme un groupe de « rap death metal ». En effet si l’on prend certains titres comme Butcher Knife Bloodbath, Chinese Water Torture ou encore The Executioners Dream, mêlés avec les visuels de certains albums et morceaux, on comprend ce rapprochement.

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Jedi Mind Tricks c’est aussi des phases délirantes, tellement épiques et mystiques qu’elles en deviennent drôles.

Transport immortals in portals toward an Egyptian land

To then erect complex architect structures and pyramids

[…]

But my ship sails amongst cosmic whales and intergalactic pirates

Telling tales of trails left by the gods

On comprend donc bien que les paroles de Vinnie Paz sont celles d’un illuminé, mais aussi celles d’un conspirationniste.

The Coming of Tan : les délires conspirationnistes

Le premier album est un manifeste de paranoïaque et de complotiste, en témoigne tout d’abord son titre The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness (sous-titre du second livre de la série Matrix de Valdamar Valerian), mais aussi certains morceaux, comme Communion : The Crop Circle Thesis, Books of blood : the Coming of Tan ou encore Apostle creed.

Ainsi, dans l’intro de Book of blood, on peut entendre un sample de Riley Martin, auteur du livre The Coming of Tan, dans lequel il raconte sa rencontre avec des aliens :

« Perhaps you will believe the million feet of film that’s been taken above… uh… Mexico City, and various other places. If you think that you are alone in this universe or that you are the guardians of this universe, then you are rudely mistaken. »

El Eloh, ici en feat, développe ensuite au long de son couplet toutes les théories justifiant l’existence d’une « entité biologique extraterrestre » (petits-gris, reptiliens, O.V.N.I., passages de La Bible, rôle de la C.I.A. et du Vatican).  Mais, plus tard dans le morceau, on voit Vinnie Paz évoquer d’autres théories complotistes hors-sujets, comme la théorie de la création du SIDA de la part du G7 en 1969, afin de tuer les Africains. Dans Communion : The Crop Circle Thesis, El Eloh, The Breath of Juda et Vinnie Paz décrivent un monde spatial froid, dans lequel toutes les illuminations des théoriciens des « crop circles » existent.

Les prods de Stoupe sur ces morceaux sont particulièrement réussies et installent avec leur rythme lent une ambiance inquiétante et lugubre.

La magie de Stoupe, The Enemy of Mankind

Comment obtenir un univers sonore aussi riche et unique ? Et bien il faut Stoupe the Enemy of Mankind. À vrai dire, je ne pense pas que j’aurais écris cet article si Stoupe n’était pas un producer aussi talentueux.

Ainsi, sur la quasi-totalité des prods des deux projets, c’est Stoupe the Enemy of Mankind qui est le magicien aux commandes. Stoupe est un Gargantua des samples, car il semble ingérer toutes les œuvres qu’il a entendu, vu ou lu, pour ensuite les digérer et les incruster dans ses prods.

On retrouve alors des extraits du dessin-animé Fourmiz, de La Bible, de films comme HellraiserSe7en ou Pi, d’autres groupes de rap (Wu-tang Clan, The Pharcyde, Mobb Deep ou encore A Tribe Called Quest), de credos militaires japonais (qui me rappellent beaucoup l’ambiance de Ghost Dog : The Way of the Samouraï de Jim Jarmusch), etc… C’est ce choix de samples et cette diversité qui permettent à Stoupe de créer de véritables univers auditifs cohérents, avant même qu’on entende les textes de Vinnie Paz ou Jus Allah.

En prenant pour exemple le morceau Chinese Water Torture, on sait dès les premières secondes que Stoupe nous a trainé dans une salle de torture d’un cachot humide. Dans The Immaculate Conception, le sample bouclé du film Lord of Illusisons (1995) transmet immédiatement une atmosphère fantomatique et torturée.

Toutefois, Stoupe ne se concentre pas seulement sur des prods violentes ou gothiques. Comme souligné plus tôt, il maîtrise aussi la production de pistes plus jazz, avec un rythme ternaire, comme dans Souls from The Streets, avec des transitions et des changements de rythmes géniaux.

Les visuels : les miroirs des pensées malades des JMT

Toute la richesse des productions et des paroles, les diverses influences, se retrouvent dans les nombreux visuels et pochettes d’album du groupe : le fantastique, le mysticisme, les visions d’horreur, la violence, la conspiration, etc…

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Conclusion

La première fois que j’ai entendu un couplet de Vinnie Paz sur une instru de Stoupe, c’est un véritable O.V.N.I. auditif (sans mauvais jeux de mots) qui est parvenu à mes oreilles. Je vous conseille vivement d’écouter les deux premiers albums de JMT, même si l’horrorcore ou les délires illuminés ne vous disent rien, car ils sont bien plus que ça.

Néanmoins, on pourrait parfois regretter une certaine monotonie qui s’installe après quelques écoutes, car le flow et la technique de Vinnie Paz et de Jus Allah peinent parfois à surprendre. Il est aussi important de souligner l’homophobie assumée et choquante de certains passages de Vinnie Paz. Donc, si vous appréciez le travail de Stoupe, mais que vous vous lassez de ses deux compères, celui-ci a sorti en 2019, de son côté, un concept album entièrement instrumental, intitulé They. De même, les quatre morceaux clôturant The Psycho-Social sont pour moi les morceaux sur lesquels on peut le plus apprécier le talent de l’Ennemi de l’Humanité. Avec des ressemblances dans le flow et une prod jazzy, on écoute une fin d’album ayant des airs de A Tribe Called Quest, ce qui donne un premier projet, à mon goût, plus équilibré que le second.

 

Assez parlé, à vous d’écouter !

 

 

Jedi Mind Tricks : haine et ésotérisme à Illadelphia

Courte histoire du Kwaito, la house à la sud-africaine

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Le genre a émergé à Johannesburg en Afrique du Sud entre la fin des années 80 et le début des années 90, coïncidant donc au moment de la fin de l’Apartheid

Appropriation et mélange de différents styles, le kwaito c’est une jolie mayonnaise un peu inédite. La base musicale est inspirée du disco africain, du bubblegum notamment et de la house (US, UK). Les vocales qui accompagnent le morceau s’inscrivent dans la lignée du rap et du hip-hop avec ceci que les paroles empruntent à moult dialectes et patois de la région.

Tout a commencé dans les clubs de la ville à la fin des années 80 où les DJs ont commencé à remixer les tubes house du moment en essayant de leur donner une teinte un peu plus locale avec un style inspiré de la musique africaine : un BPM plus lent, des synthés par-ci par-là pour les lignes de basse, des percussions africaines…  Une autre grande source d’inspiration a été le style bubblegum, un genre de disco qui s’est pas mal développé dans les années 80, porté par des artistes comme Chicco Twala. Déjà à l’époque, le bubblegum faisait un savant mélange de langues entre l’anglais et d’autres dialectes et parlait de la vie dans les ghettos.

Le style kwaito a très vite été approprié dans les townships (les quartiers défavorisés) et porté par les populations jeunes, ceci d’autant plus qu’à cette époque, la moitié des habitants d’Afrique du Sud était âgée de moins de 21 ans. L’apartheid donne alors de nouvelles possibilités d’expressions à la jeunesse et ils vont le faire en premier lieu dans la musique. Le Kwaito, dérivé de « kwaai » qui veut dire « chaud » ou « en colère » dans l’argot local, parle avant tout de la vie dans les townships. Plus qu’un genre musical, le kwaito est devenu une véritable façon de s’affirmer, un état d’esprit, un mode de vie et a même développé un pas de danse attitré.

Boom Shaka forme le premier groupe de kwaito à passer à la radio, ils vendaient leurs cassettes depuis leur voiture et déambulaient dans les rues en mettant le son à fond. En 1996, le groupe TZKee sort « Take it eezy » et connaît un franc succès. Deux ans plus tard, le même groupe sera choisi pour écrire un morceau pour l’équipe nationale de foot, « Shibobo ».

Le kwaito n’a eu de cesse de se répandre, de voir de nouveaux artistes à sa tête… Kamazu, Arthur, O’Da Meesta, Skeem pour n’en citer que quelques uns !

Il est aujourd’hui remis au goût du jour pour notre plus grand plaisir dans certains disquaires et par certains collectifs de DJs à l’instar de Mercredi Records.

 

Assez parlé, à vous d’écouter !

Rencontre avec Clémentine et Saint-James (Discomatin, Chuwanaga)

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Le Shamrock a été à la rencontre de Clémentine qui nous fait l’honneur de jouer à Rétropolis  et de Maxence aka Saint James membre éminent du collectif Discomatin pour une petite interview à deux voix. On a parlé années 1990, discothèques et production. De quoi avoir envie de devenir un matou aficionado de disco …

Pour commencer, une petite question tendances musicales : est-ce que vous pensez qu’il y a un retour à la mode du disco avec toutes les différentes soirées qu’on peut voir passer à Paris, Les Yeux Orange par exemple, ou c’est le fait de le jouer à nouveau, de rééditer ces morceaux qui a lancé ce mouvement ou peut-être les deux finalement ?

Clémentine : Il y a clairement eu un renouveau dans la scène, beaucoup de DJ’s internationaux se sont mis à jouer des musiques organiques en club et ça a donné une impulsion.

Maxence : Oui, par exemple Discomatin ça s’inscrit dans ce mouvement global. La mode est au collectif disco depuis quelques années. En tous cas un mouvement de fond ça c’est sûr, une sorte de revival.

C : En même temps on n’a pas vécu ces années là.

M : Non, on ne l’a pas vécu, ce qu’on vit aujourd’hui c’est notre propre truc. En même temps c’est toute une musique qui appartient au passé. On joue peu de nouveautés, quasiment pas.

C : Il y a beaucoup de trucs nouveaux qui sonnent comme de l’ancien aussi, en jazz-funk par exemple.

M : Oui mais ce sera différent, ce sera pas les mêmes techniques, pas les mêmes budgets. À l’époque, produire ces albums coûtait une fortune, aujourd’hui plus personne ne pourrait produire un disque avec cinq ingénieurs. Avant quand tu vendais 3000 exemplaires, tu avais raté ta sortie ou alors c’était très confidentiel. Aujourd’hui quand tu en vends 3000, tu es le roi du pétrole.

C : En tous cas, la scène est vraiment très forte en ce moment !

Et est-ce que vous ne trouvez pas que certaines soirées, comme celles de l’Alter Paname ou Camion Bazar sont devenues un peu mainstream ?

C : J’aurai du mal à me prononcer car j’ai découvert la scène parisienne il y a deux, trois ans. Je suis née et j’ai grandi dans le sud puis j’ai bougé à Lyon et je montais de temps en temps sur Paris pour quelques soirées parce que c’était là-bas que ça se passait.

M : J’ai un peu de mal à en juger car je ne suis pas allé à ces soirées depuis longtemps. Ce qui les démarque quand même est qu’ils apportent quelque chose de festif à leurs événements. Ça parle à beaucoup de gens, et il ya un vrai investissement côté déco. Le fait-main a une vraie saveur, mais c’est un peu devenu la tendance, que l’on retrouve reprise par les gros festivals aussi.

Clémentine, tu pourrais nous parler rapidement de ton passage chez Émile ?

C : Chez Emile ça a commencé en 2016 et j’ai passé plus d’un an et demi là-bas. C’était la fin de ma licence et je savais pas trop quoi faire, mes études de com me soûlaient. Comme ils allaient déménager dans des locaux plus grands que le projet de la boutique s’élargissait, une troisième personne n’était pas de trop.
Je m’occupais de la com et des achats de la boutique quand je suis arrivée là-bas.
À la base, Chez Émile était plutôt un disquaire orienté musique électronique et perso je n’y trouvais pas trop mon compte. J’adore la musique électronique, j’ai grandi avec ça aussi, mais j’avoue que je n’en écoute pas trop et n’en joue quasiment jamais. J’avais donc envie que les gens puissent y trouver beaucoup plus de rééditions des labels comme Favorite Recordings, BBE, Mr Bongo etc.. Après ça, j’ai été sales manager, je m’occupais de la distrib. C’est quelque chose qui m’a énormément plu. Le but était que le catalogue de la distrib (Disques Flegon, Plaisir Partagé, BFDM etc) se retrouve chez les disquaires du monde entier. Après j’ai commencé à avoir envie de bouger de Lyon, j’y trouvais plus trop mon compte, je n’y jouais pas trop car c’est très orienté musique électronique. Je suis donc arrivée à Paris.

L’histoire de Chuwanaga ?

M : Au début, c’était un projet que j’avais avec Seiji Ono, le frère d’un de nos artistes, Koji Ono. Mais Seiji est parti à Londres et a commencé à travailler comme un fou pour le label Melodies International (Floating Points, Mafalda). J’ai donc fini par lancer le projet en solo au tout début, vite rejoint par Clémentine.

C : Oui puis j’avais aussi une expérience dans la distribution c’était quelque chose de familier pour moi.

D’où ça vient ce nom, « Chuwanaga » ?

M : Et puis le nom… il ne veut rien dire (rires) C’est juste un nom que Koji Ono a inventé en parlant d’un ami à nous, Roosterwing, qui voulait à tout prix de originaux et pas des rééditions. Dès que l’on se retrouvait, Koji avait l’habitude de dire « Mmmh chuwanaga ! » pour se moquer un peu de lui (rires).

C : Et personne n’arrive à le prononcer lol

M : Oui c’est ça aussi qui est marrant. Voilà pour la petite histoire, le label ensuite s’est construit autour de l’idée de faire connaître Koji Ono qui devait être la première sortie. Il avait réalisé cet EP chez lui mais il n’était pas fini, c’était encore des démo et il hésitait à le sortir. Alors je l’ai poussé et avec l’aide de Greta de Flegon au mixage, il a terminé ça avec brio.

C : Koji à ses débuts, c’était un peu l’exemple de l’artiste hyper talentueux qui n’avait pas forcément confiance en lui. C’est le rôle d’un label d’intervenir à ce moment là.

Et combien de temps ça vous a pris tout ça ?

M & C : Ça a bien du prendre deux ans tout ce travail.

Bon et finalement le résultat est pas mal non ?

M & C : Le résultat est excellent ! (rires)

M : C’est une des sorties dont je serai toujours fier, big up Koji ! En ce moment, il bosse dur sur un autre projet amené à sortir en 2019, une collaboration avec Atmosfear, le groupe de jazz-funk anglais des années 1980. Un projet, produit et enregistré à Paris. Il est aussi sur un autre projet avec une légende du boogie pour un autre label avec lequel on collabore énormément, Favorite Recordings. Je lui souhaite que de réussir car il le mérite vraiment.

Et comment c’est de collaborer avec des artistes ? Ca se fait facilement ou il faut quand même vraiment y mettre du sien pour les motiver ?

M : Il faut trouver la bonne distance, réussir à mettre les moyens techniques et financiers au service de l’artiste, la création ça ne se commande pas.

C : Dans le cas du projet avec Atmosfear, ils ne se connaissaient même pas avant d’aller en studio. Tout le monde s’est super bien entendu et c’est une vraie richesse de pouvoir vivre ces expériences et ces rencontres autour d’une musique qui nous réunit.

Et pour ce qui est de la réédition, comme cela se passe ? Vous retrouvez le vinyle original ?

C : La réédition c’est autre chose mais il faut quand même savoir gérer l’humain !

M : Pour les disques il y a différents types de droits, notamment les droits d’auteurs et ce qu’on appelle les droits sur les masters, qui appartiennent au producteur des enregistrements, souvent le label. C’est cette personne que l’on recherche, parfois c’est juste un membre du groupe.

Le must après c’est de rencontrer aussi les musiciens mais parfois tu ne les retrouves pas, ou tu les retrouves mais pas le producteur. Parfois tu retrouves le producteur, mais c’est pas le bon, le producteur exécutif. C’est le producteur au sens du mec en studio qui a ficelé un peu toute la sortie à l’époque, comme un artiste qui se met au service d’un projet, par exemple George Duke.

C : Bref, une fois tout ce travail fait, il faut négocier le contrat et surtout mettre la main sur une source de qualité. Le best est d’avoir accès aux enregistrements sur bande originels, mais c’est très rare et la conservation des bandes est délicate.

M : Souvent, on part d’une copie vinyle en parfait état que l’on va numériser sur un matériel de très haute qualité. À partir de ces numérisations, les fichiers sont envoyés au mastering, dernière étape avant que ce soit gravé sur du physique. L’ingénieur grave ce qu’on appelle la laque, c’est-à-dire la première étape du moule à partir duquel presser les disques, comme un négatif pour le développement argentique.

Comment vous faites pour retrouver les ayants-droits ?

C : Souvent via internet : sites web, Facebook, pages blanches tout y passe car tous les moyens sont bons pour mener l’enquête.

M : Il faut vraiment avoir peur de rien. C’est un peu bizarre de se dire qu’on peut entrer facilement dans l’intimité des gens avec le numérique mais c’est en même temps super pratique parce que dans le cas contraire, on ne les retrouverait pas. Ça devient une sorte de grande énigme. Après ça arrive de se tromper… ça m’est déjà arrivé d’envoyer un message à des révérends aux Etats-Unis en leur demandant « vous n’étiez pas dans un groupe de gospel dans les années 1970 ? » alors que pas du tout. J’espère qu’ils ont prié pour moi après ça…

 

 

Propos recueillis par Florie & Alice

Le Son du jour #65 – Puff De L’Exo

Le Son du jour #65 – Casse-Croute – Puff De L’Exo

17 Octobre 2018, le Canada entre dans l’histoire.

Comment avoir encore faim après avoir englouti 17 pancakes au sirop d’érable ? Nos amis d’outre-Atlantique ont trouvé la solution : le cannabis.

Pendant deux ans, Justin Trudeau et ses amis ont fait fumer leur cerveau pour rédiger la législation parfaite permettant aux Canadiens, à leur tour, de fumer des spliffs ou comme ils diraient, de « puffer de l’exo ».

Officiellement, cette loi permettra d’ « enlever l’argent des poches des organisations criminelles ». Les plus anti-systèmes dénonceront une décision capitaliste, on attend en effet 400 millions de recettes fiscales grâce à l’exo. Mais in fine, on s’en calîsse car tout le monde est content, sauf les bandits !

On vous laisse avec du rap québécois. Tabernacle !

Rencontre avec le DJ Sven Løve

Réalisée par Florie Valton
À l’occasion de la Cheers du 22 septembre au Badaboum, nous avons rencontré le beau Sven Løve pour parler des années 90, de la scène française actuelle et de narration.
Envie de se régaler les oreilles pendant la lecture ? On va écouter ça bien gentiment et jubiler :

Lorsqu’on voit le film Eden, on a le sentiment d’une grande nostalgie de ces années. Le titre, lui même, fait écho au paradis perdu. Penses-tu qu’il y a quelque chose de nostalgique dans la perpétuation de la Cheers et ce retour du garage et de la house des années 1990 ?

Je n’aime pas trop le terme nostalgie parce qu’il a une connotation, il laisse supposer que c’est terminé terminé. On a des bons souvenirs et des moins bons, c’était une période différente. D’ailleurs, avec Greg, on aime bien jouer au jeu des différences.

Mais on ne veut pas être là dedans vis à vis de la Cheers, sinon on se perd. C’est un peu ce qui s’est passé au Djoon où nous avions fait une soirée et nous étions toujours dans ce rapport de rejouer des vieux trucs. On s’est rendu compte que ce qu’il fallait c’est trouver un nouveau public. Et c’est ce qui s’est passé. On est assez surpris parce que c’est un public très jeune. Ça fait plaisir.

Que penses-tu de la nouvelle scène française ? Crois-tu qu’on puisse parler d’une french touch aujourd’hui ?

On a fait un live avec Groove Boys Project au badaboum, c’était extra fort.
Ils sont un peu dans un esprit « revival », même si j’aime pas trop ce mot. Ils parviennent à garder l’esprit de l’époque en insufflant quelque chose.

Je trouve qu’aujourd’hui il y a une vraie énergie créative, une envie très forte liée au fait que beaucoup de jeunes se posent la question du sens du travail, qu’ils veulent un truc qui ait un sens pour eux. Je pense que cette énergie vient de là. C’est marrant parce que ça fait écho aux questions que je pose dans mon roman.

C’est marrant ces trucs générationnels. Il y a des gens qui se sont rencontrés à la Cheers, qui se sont mariés, qui ont des enfants. C’est assez plaisant de voir ces boucles.

Et leurs enfants viennent aux Cheers maintenant ?

Non pas encore (sourire).
À la fin d’une des soirées, il y avait une jeune fille de 22 ans qui connaissait toutes les chansons. J’étais assez impressionné.

Avec l’accessibilité de la musique grâce à internet, la musique a un peu perdu de son aura.

Justement avec cette accessibilité de la musique, comment est-ce que tu découvres de nouveaux morceaux ? Est-ce que tu vas toujours chez des disquaires ? Comment les écoutes-tu ?

Internet aussi.
Petite constatation marrante, j’écoute les morceaux très vite. En écoutant rapidement, sur 5-10 secondes, je sais si c’est bon. Si il y a un truc qui tient un son. En si peu de temps je peux savoir si il y a quelque chose.
Pour mon mix pour radio FG, j’ai fait la sélection en deux heures. J’ai fait mon set et je me suis dit c’est vachement bien. Je l’ai réécouté et je suis assez content, il est assez construit.

C’est aussi parce que ça fait … (croisement de bras, yeux légèrement baissés, petit sourire) 27 ans que je fais ça.
Il y a une ambiance, une atmosphère dans le morceau qui marque.

Pour moi tu es avant tout quelqu’un qui aime raconter des histoires. Le film, ton livre Un emploi sur mesure, tes sets également … Mais j’imagine qu’il n’a pas fallu deux heures pour écrire ton livre … Y-a-t il pour toi des similitudes avec la construction d’un set ?

(Les bras toujours croisés, doucement) J’ai mis trois ans. Mais oui, il y a plusieurs rapports avec le livre ; le rythme, la construction.

Je rebondis sur l’idée de 5 secondes, c’est le fait d’être attentif aux histoires autour de moi et je les note. Pour la rigolade, je prenais un verre une copine et un gars que je connaissais à peine qui racontait son histoire avec une fille. Cette nana elle est complètement folle. J’ai tout de suite noté l’histoire. Le gars entend un splash dans le salon, il va voir et là elle faisait le poirier pour récupérer sa semence … je me suis dit ; ça il faudrait que je le mette dans un roman.

L’écriture c’est très construit, le choix d’un morceau lui est très intuitif. On met des morceaux techno puis un vocal et ça marche.

Du coup tes sets, est-ce quelque chose de spontané ou au contraire de mis au point en avance ? Comment l’interaction avec le public vient l’alimenter ? Quelle est la différence lorsqu’il s’agit d’un B2B avec Greg notamment ?

On a commencé par faire la teuf avec les amis. C’était pas très élaboré. Au début on passe des morceaux qu’on aime. Puis on a appris à développer des atmosphères.
On cherchait à être toujours on the top, mais parfois c’est pas mal de vider la piste, de faire tomber l’ambiance, d’avoir quelque chose de pas linéaire. Sinon on a quelque chose d’un peu plat.

Avec Greg, cela dépend des horaires qu’on se donne, comme ce soir, chacun fait sa partie, chacun fait son truc.

Vous ne faites pas l’un passe un morceau, puis l’autre en passe un autre ?

Non, on aime pas trop ça, on a jamais fait comme ça.

Mieux vaut la musique que mille mots, et ça tombe bien, Sven Love a accepté de vous livrer quelques sons…
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