Actualité

La musique à l’ère de la modernité, c’est quoi ?

The Blaze live set pour Cercle sur l'Aiguille du midi

La musique électronique est par essence modernité. Pourquoi, vous demandez – vous?

Pour deux raisons très simples : 

  • les instruments qu’elle emploie : un ordinateur, Ableton, Logic Pro, ou à l’origine le célèbre Roland TR 808, star de la Detroit techno. 
  • Le contexte de désindustrialisation intense et les crises économiques de la fin du XXème. 

Promis, je ne vais pas vous faire un exposé socio-historique sur le pourquoi du comment de la musique électronique, mais plutôt explorer un aspect proprement innovant dans ce genre musical.

 

Daft Punk aka les maîtres Jedi de la scéno 

Si je vous demande votre meilleure expérience de concert, elle sera sûrement liée à un souvenir visuel Pour ma part, une de mes plus grosses claques était la performance des Daft Punk à Coachella en 2006 pour leur show “Alive”. J’aurais aimé le vivre en vrai, mais le fait que ce show soit considéré comme un tournant dans la musique électronique prouve à quel point il était marquant, voire révolutionnaire

 

Daft Punk Alive à Coachella, 2006

Daft Punk Alive à Coachella, 2006

 

Bien sûr, je prends ici un cas très particulier pour un festival au budget énorme, mais cette performance si célèbre illustre à quel point la scénographie est importante et participe à l’identité visuelle d’un artiste.   

Les Daft Punk sont au centre d’une scène pyramidale designée de manière extrêmement géométrique qui attire l’oeil, car ils sont le point focal du show. En fait, ce qui est fondamentalement révolutionnaire dans cette performance est le fait que les Daft Punk ont réussi à offrir un show visuel à la scène électronique, jusqu’alors très sobre car on se concentrait sur les platines et le sound system, souvent retransmis en grand écran derrière le DJ. 

Le pari (réussi!) était ici de prouver que la musique électronique avait le pouvoir d’en mettre plein la vue. Les moyens techniques modernes sont donc mis au service d’une musique composée sur ordinateur de manière parfaitement cohérente avec l’univers futuriste des Daft Punk. 

 

Et la lumière fut !

Et les Daft Punk ont introduit les LED

Les parois de LED de la pyramide permettent un jeu de lumière et des projections de films jamais vus jusqu’alors. En liaison avec l’agence Bionic League, le duo français a su placer la barre très haut dans une cohérence propre à leur univers.  Martin Phillips, patron de Bionic League, racontait à CBC Music : « On voulait créer un show, un truc similaire à ce que les gens vivent quand ils vont voir Pink Floyd ». La pyramide ci-dessus fait donc en partie référence à la pochette de The Dark Side of The Moon. L’introduction des LED et de la pyramide représentent visuellement une musique électronique innovante et futuriste

Ce show, pensé avec un début, un milieu et une fin est donc interdépendant de la scénographie, et des lumières qui composent l’espace et permettent de créer cette ambiance si propre à la scène électronique. 

 

Daft Punk influence le monde

On parle beaucoup des Daft Punk comme des pionniers de la musique électronique, car ils ont réussi à valoriser un genre musical très futuriste et surtout marginal. On voit d’ailleurs leur influence dans toute la scène électro française, appelée la “french touch”.   

En 2007, c’est Étienne de Crécy qui nous offre un show haut en couleurs en collaboration avec l’agence 1024 architecture, qui se concentre, selon leurs propres termes, sur les “interactions entre le corps, l’espace, l’art et l’architecture, le son, le visuel, le hi-tech et le low-tech” .   C’est la première en France à avoir intégré ce type de scénographie révolutionnaire à un live électronique. Naît donc le Square Cube qui accompagne Étienne de Crécy dans sa tournée Beats and Cube. Ce dispositif scénique reprend l’idée d’un trompe l’oeil carré avec un effet de profondeur, très sobre, mais qui demande tout de même 10 mois de conception.  Il y a trois grands aspects : 

  • l’aspect structure scénique
  • l’objet architectural, en l’occurrence un cube de six mètres sur six, tout le contenu visuel qu’il faut générer,
  • le programme informatique qui permet de venir lier l’espace, le son et l’image.” 

Le résultat, une architecture physique “augmentée de manière numérique”. Que l’on soit friand ou non d’électro, on en prend plein la vue!

Pour te donner une idée du show, voici un rendu live de Beats and Cubes.

Laser Game

Enfin, comment ne pas parler du fameux Laser show de Jean-Michel Jarre quand on mêle musique électronique et scénographie ? Les critiques l’ont comparé à un voyage intergalactique, un 2001 Space Oddity du IIIe millénaire, où les spectateurs deviennent des passagers enfermés dans d’imposantes courbes géométriques, des équations et des algorithmes mathématiques purs. Le passage le plus marquant restant un morceau joué par Jean-Michel Jarre sur un instrument virtuel composé de rayons lasers s’élevant vers le ciel, dans une ambiance surréaliste. 

 

Ce qu’on en retire, c’est une scénographie spectaculaire, une orgie de couleurs, venant renforcer l’univers musical si particulier de ce pionnier de la musique électronique. Ce concert est donc une expérience sensorielle, presque synesthésique où la vue est autant stimulée que l’ouïe et le toucher.  

Laser Show de Jean-Michel Jarre

Laser Show de Jean-Michel Jarre

Aujourd’hui, la force du live, c’est autant la performance musicale que le show offert aux spectateurs. Certes, je parle ici de concerts historiques aux moyens hallucinants, mais on voit que même des artistes connus mondialement consacrent une attention centrale à la scénographie afin de marquer les esprits. 

L’héritage sur la scène actuelle

L’image est centrale dans notre représentation du monde. A tel point qu’on cherche au maximum une synesthésie de l’expérience musicale. C’est ce que tentent de proposer deux collectifs aux chaînes youtube à succès : 

Le Cercle, c’est quoi ? Des lives dans des lieux d’exception : en haut de l’aiguille du midi, dans une montgolfière en Turquie, sous les aurores boréales en Finlande. Sans les moyens techniques actuels, ce genre de show visuel et auditif qui repousse les limites du possible, seraient restés à l’état d’utopie. 

Boiler Room : c’est repenser la musique, repenser l’expérience musicale et allier les offres technologiques au plaisir du live. Une scène centrale avec une vision à 360 pour un show intimiste et filmé. 

Ces deux collectifs, lancés sur Internet, ont aujourd’hui les moyens et la renommée de monter leur propre festival pour faire connaître leur vision folle à leur communauté. Et c’est pour moi, la modernité de la musique, qui dépasse la simple création de musique sur ordinateur. C’est repenser notre écoute et notre expérience du live, et repousser toujours plus ces limites. 

 

 

Un week-end aux Eurockéennes

Eurockéennes 2017
Malgré la pluie et un train manqué, je m’en suis allé en terres belfortoises pour vérifier si les Eurocks sont toujours un des meilleurs festivals français – et c’était pas mal du tout.

Les Eurockéennes et moi, c’est une grande histoire d’amour. Une histoire d’amour à deux, à trois, à quatre et même à 130 000 cette année. C’est une histoire d’amour qui dure depuis cinq ans et qui a vu défiler des jolis rendez-vous éclectiques souvent plaisants, toujours conviviaux. Et ce ne sont pas les dizaines et dizaines de personnes qui, sous une pluie battante, ont commencé une chenille géante devant Rocky reprenant Promise Land de Joe Smooth qui vous diront le contraire. Le programme de cette année, pour moi, a commencé par une jolie claque. Une claque attendue mais une claque quand même : Fishbach, jeune fille frêle à voix de roc, et son impeccable groupe, ont offert aux spectateurs arrivés tôt samedi un grand moment de musique. Aux jolies chansons de son très bon album, elle a donné, sans une fausse note, une énergie galvanisante, qui nous font dire que la chanson française va bien, merci pour elle.

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Melt! Festival 2016 : Willkommen in Deutschland

MELT! FESTIVAL

La scène musicale allemande est souvent réduite à ses extrêmes berlinois. L’extrêmement trash – Lab.oratory. – , l’extrêmement select – Berghain – , ou l’extrêmement soviétique – Fusion festival. Je parle ici d’un mélange de béton communiste avec des torses couverts de latex dans un espace temps démesuré où il est possible d’entrer dans un club le vendredi soir Read more

Fanzine – Chicago – Juin 2016

couverture fanzine

Edito :

Counting all different ideas drifting away
Past and present — they don’t matter.
Now the future’s sorted out

Phoenix, 1901

 Il revient, tel le Phoenix :

Ca y est, après 2 ans de vaines tentatives, de respos médias tombés en dépression, de promesses électorales, il est enfin là.  Car oui, c’est vrai, il y a Retropolis, les Cousc’house et autres événements faisant la promotion de la musique électronique, oui, il y a la Saint-Patrick et le tremplin New Kids on the Rocks pour satisfaire les rockeurs, mais que serait toute cette musique si tout cela n’était pas partagé ? Le Fanzine, c’est un peu le cœur du Shamrock, et nous sommes heureux de pouvoir le faire battre à nouveau.

Alors merci à Lolo, Pozet et Wald pour leurs efforts, et merci aux autres, nouveaux comme vieux, pour leurs supers articles. On espère qu’ils vont vous plaire. Cette fois-ci, on parle de Chicago, une ville pleine d’histoire, une ville qui a quand même vu en partie l’émergence du blues, du jazz et de la house, rien que ça bordel. Il y a des choses à dire. Parcourez avec plaisir les pages de ce bon magazine, c’est un ordre. Il y a des rubriques oldies but goodies, et des nouveautés. Pour une fois, on fait quelque chose pas trop à l’arrache, ça fait bizarre. Et on vous dit à très bientôt, parce qu’on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Bonne lecture à tous.

Bises.

Pour le lire c’est par ici  : Fanzine Juin 2016

J’y étais pour vous : le concert secret d’Odezenne 27.04.2016

Odezenne poto2

D’autres diront qu’Odezenne est une belle bande de branleurs, les Jean-Pierre Foucault du Rap français, aux associations musicales et sémantiques de mauvais goût. Eh bien non. J’étais pour vous à un des quatre concerts secrets parisiens du trio, ce mercredi 27 avril au Nouveau Casino, pour une soirée aérienne et pleine d’amour.

Ce qui est chouette dans une association musicale c’est que l’un de nous a forcément vent des bons plans musicaux et autres sauteries impromptues de la scène parisienne. C’est donc grâce à un vieux membre du Shamrock que je prends connaissance de cette série de concerts secrets en janvier, et qui dit secret, dit 300 places, dans un lieu inconnu dont l’emplacement ne sera délivré que le jour même. Le Jour J, rien. Aucune nouvelle.  Avant de crier au scandale, on m’envoie finalement une autre date, 1 mois plus tard, ce fameux 27 avril. Bon. Alix, Jacques et Mattia envoient un petit message à leur public, nous demandant de venir, ivres, prêts à aimer notre prochain, et accessoirement à Oberkampf à 19h.

Odezenne à la une

Le ton est donné, la soirée s’annonce simple et intimiste. Un peu comme Odezenne en fait. Alix, Jacques et Mattia en sont à leur troisième album : après Sans.Chantilly et O.V.N.I, ils reviennent avec Dolziger Str.2 réalisé à Berlin. Certes, on retrouve toujours leurs textes-carambolages, l’esprit d’Akhenaton, de Time Bomb ou de The Pharcyde, et leurs notes de synthé inquiétantes et merveilleuses, mais pas seulement. Dolziger Str.2 est profondément différent des deux albums précédents. Odezenne passe d’une production rap basée sur le sampling à une composition de type groupe, plus personnelle. L’essence d’Odezenne est toujours la même : faire les choses différemment. Qu’il s’agisse de leurs concerts à la demande (en rejoignant un groupe Facebook « Odezenne dans la ville x », vous décidez où aura lieu le prochain concert du groupe), de leur production complètement indépendante ou de leurs 1 000 000 de vues pour une chanson intitulée « Tu pu du cu », il faut admettre qu’ils sont surprenants. Peut-être doivent-ils cela à leurs inspirations diverses, à cet amour de la langue de Molière ou plutôt de Gainsbourg car oui, on retrouve cette précision de l’articulation, ce détachement sensible et traînant des syllabes aussi bien dans « l’Homme à la Tête de Chou » que dans « Cabriolet ». Mais je crois que ce qui fait réellement la différence, c’est cette sobriété. Oui, Odezenne est pudique et ceux qui se laissent berner par « Je veux te baiser » n’ont rien compris. Ils nous parlent de choses dures, de notre place dans le monde, de nos désillusions mais sans épanchement, sans drama. Ils ne feignent pas l’ébranlement parce qu’en fait, ça ne les ébranlent pas plus que ça. Et il y a de la beauté dans cette simplicité, beauté que l’on retrouve dans leurs clips auxquels ils accordent une attention particulière. On retiendra l’atmosphère spielbergienne de « Saxophone » et la candeur féérique de « Je veux te baiser ».

Le public présent était fébrile, presque un peu agressif. Je redoutais cette esprit groupie du « qui est le meilleur fan » d’autant plus qu’ils nous ont fait attendre jusqu’à 21h ces saligauds. On a pu découvrir Equipe de Foot, leur première partie, du rock aux tendances garages très énergique. Et puis ça a commencé. Voici cinq moments clefs du concert.

21h03. Directement, sans un mot, Mattia, Alix puis Jacques entrent sur scène et nous interprètent une chanson de leur nouvel album. Une entrée sans chichis en somme.  En toute simplicité, ils poursuivent avec « chewing gum » et dégoupillent la foule qui retrouve avec plaisir cette ballade désabusée des temps d’OVNI.

Enfin Alix et Jacques s’adressent à nous, non sans une certaine émotion « putain les gars qui sont là ce sont les billets qui sont partis en 3h ». Exagération omise, ça reflète bien le trouble du groupe et des spectateurs.

Odezenne poto

21h42. Après une demi-heure de « haine gratuite » (Jacques), Odezenne change de registre avec « Boubouche ». L’écart que l’on observe entre Chewing gum et Boubouche (et qui est remarquable sur les deux vidéos) incarne cette évolution dont je vous parlais entre les deux albums. On n’est plus dans le rap bavard mais dans l’idée, dans l’image. Ils nous parlent de boue, de bouche, d’ange et d’étrange plutôt que de nous dérouler des histoires. Plus suggestif qu’explicite, on perd peut-être l’ambition du style, mais le sens reste.

21h51. Jacques : « Vous savez, on nait, on vit on meurt ». La foule hurle. Jacques : « Et je trouve que vous le prenez plutôt bien ». Voyez plutôt par vous-même.

21h56. On atteint ici le tournant de la soirée, le moment où chaque personne du public a pris conscience du moment et des autres, sortant de son rôle de spectateur ou de fan. C’était le moment de « Je veux te baiser ». « Numéro 1 des hits de l’Etat Islamique » nous balance Jacques. C’est le moment où tu prends aussi conscience que le Bataclan est juste au bout de la rue d’Oberkampf, à 500m. Un mec chevelu moite de sueur et de bière passe son bras autour de tes épaules en hurlant « de l’amour! » et tu laisses faire parce que le moment est spécial et que finalement, oui, on est là pour l’amour de la musique, des textes et pour des moments comme ça ou une chanson de cul prend une toute autre dimension. Découvrez cette chanson d’amour.

22h.Avec « Bouche à lèvres » Odezenne signe un de ses plus beaux textes, et je ne suis pas la seule à le reconnaître d’ailleurs, la foule connaissait chaque parole.

Redonne moi l’heureuse d’avant, je peins, je peins

On oublie tout on oublie rien, je crains, je crains

Que mon reflet dans ta rétine me dédessine, me dédessine

Vivre avec un corps c’est comme vivre avec un mort

Alors je ferme les yeux quand j’dors et j’attends qu’elle dise encore

Mais qu’il est faux ce bel accord, il grince avec nos dents

Mais qu’il est fourbe ce corps à corps, il m’a pincé jusqu’au sang

Le concert s’est achevé très vite, après deux rappels complètement absurdes à base d’acid et de bûche. Un groupe de spectateurs est resté devant la scène 30 minutes après le concert, réclamant un énième retour. En partant Alix nous a crié « Restez vivants ! » et après un moment pareil, on se dit que finalement, ça s’annonce pas si compliqué.

ODEZENNE

Aron Ottignon : voyage hors du temps aux Bouffes du Nord

aron ottignon gif

Object : FWD : Festival Worldstock aux Bouffes du Nord !

Le 22 octobre 2015 à 19:12, Léa LURET a écrit :

Hey, je sais que tu connais ni les artistes ni la salle, mais ça a l’air cool, wanna join? Read more