J’y étais pour vous : le concert secret d’Odezenne 27.04.2016

Odezenne poto2

D’autres diront qu’Odezenne est une belle bande de branleurs, les Jean-Pierre Foucault du Rap français, aux associations musicales et sémantiques de mauvais goût. Eh bien non. J’étais pour vous à un des quatre concerts secrets parisiens du trio, ce mercredi 27 avril au Nouveau Casino, pour une soirée aérienne et pleine d’amour.

Ce qui est chouette dans une association musicale c’est que l’un de nous a forcément vent des bons plans musicaux et autres sauteries impromptues de la scène parisienne. C’est donc grâce à un vieux membre du Shamrock que je prends connaissance de cette série de concerts secrets en janvier, et qui dit secret, dit 300 places, dans un lieu inconnu dont l’emplacement ne sera délivré que le jour même. Le Jour J, rien. Aucune nouvelle.  Avant de crier au scandale, on m’envoie finalement une autre date, 1 mois plus tard, ce fameux 27 avril. Bon. Alix, Jacques et Mattia envoient un petit message à leur public, nous demandant de venir, ivres, prêts à aimer notre prochain, et accessoirement à Oberkampf à 19h.

Odezenne à la une

Le ton est donné, la soirée s’annonce simple et intimiste. Un peu comme Odezenne en fait. Alix, Jacques et Mattia en sont à leur troisième album : après Sans.Chantilly et O.V.N.I, ils reviennent avec Dolziger Str.2 réalisé à Berlin. Certes, on retrouve toujours leurs textes-carambolages, l’esprit d’Akhenaton, de Time Bomb ou de The Pharcyde, et leurs notes de synthé inquiétantes et merveilleuses, mais pas seulement. Dolziger Str.2 est profondément différent des deux albums précédents. Odezenne passe d’une production rap basée sur le sampling à une composition de type groupe, plus personnelle. L’essence d’Odezenne est toujours la même : faire les choses différemment. Qu’il s’agisse de leurs concerts à la demande (en rejoignant un groupe Facebook « Odezenne dans la ville x », vous décidez où aura lieu le prochain concert du groupe), de leur production complètement indépendante ou de leurs 1 000 000 de vues pour une chanson intitulée « Tu pu du cu », il faut admettre qu’ils sont surprenants. Peut-être doivent-ils cela à leurs inspirations diverses, à cet amour de la langue de Molière ou plutôt de Gainsbourg car oui, on retrouve cette précision de l’articulation, ce détachement sensible et traînant des syllabes aussi bien dans « l’Homme à la Tête de Chou » que dans « Cabriolet ». Mais je crois que ce qui fait réellement la différence, c’est cette sobriété. Oui, Odezenne est pudique et ceux qui se laissent berner par « Je veux te baiser » n’ont rien compris. Ils nous parlent de choses dures, de notre place dans le monde, de nos désillusions mais sans épanchement, sans drama. Ils ne feignent pas l’ébranlement parce qu’en fait, ça ne les ébranlent pas plus que ça. Et il y a de la beauté dans cette simplicité, beauté que l’on retrouve dans leurs clips auxquels ils accordent une attention particulière. On retiendra l’atmosphère spielbergienne de « Saxophone » et la candeur féérique de « Je veux te baiser ».

Le public présent était fébrile, presque un peu agressif. Je redoutais cette esprit groupie du « qui est le meilleur fan » d’autant plus qu’ils nous ont fait attendre jusqu’à 21h ces saligauds. On a pu découvrir Equipe de Foot, leur première partie, du rock aux tendances garages très énergique. Et puis ça a commencé. Voici cinq moments clefs du concert.

21h03. Directement, sans un mot, Mattia, Alix puis Jacques entrent sur scène et nous interprètent une chanson de leur nouvel album. Une entrée sans chichis en somme.  En toute simplicité, ils poursuivent avec « chewing gum » et dégoupillent la foule qui retrouve avec plaisir cette ballade désabusée des temps d’OVNI.

Enfin Alix et Jacques s’adressent à nous, non sans une certaine émotion « putain les gars qui sont là ce sont les billets qui sont partis en 3h ». Exagération omise, ça reflète bien le trouble du groupe et des spectateurs.

Odezenne poto

21h42. Après une demi-heure de « haine gratuite » (Jacques), Odezenne change de registre avec « Boubouche ». L’écart que l’on observe entre Chewing gum et Boubouche (et qui est remarquable sur les deux vidéos) incarne cette évolution dont je vous parlais entre les deux albums. On n’est plus dans le rap bavard mais dans l’idée, dans l’image. Ils nous parlent de boue, de bouche, d’ange et d’étrange plutôt que de nous dérouler des histoires. Plus suggestif qu’explicite, on perd peut-être l’ambition du style, mais le sens reste.

21h51. Jacques : « Vous savez, on nait, on vit on meurt ». La foule hurle. Jacques : « Et je trouve que vous le prenez plutôt bien ». Voyez plutôt par vous-même.

21h56. On atteint ici le tournant de la soirée, le moment où chaque personne du public a pris conscience du moment et des autres, sortant de son rôle de spectateur ou de fan. C’était le moment de « Je veux te baiser ». « Numéro 1 des hits de l’Etat Islamique » nous balance Jacques. C’est le moment où tu prends aussi conscience que le Bataclan est juste au bout de la rue d’Oberkampf, à 500m. Un mec chevelu moite de sueur et de bière passe son bras autour de tes épaules en hurlant « de l’amour! » et tu laisses faire parce que le moment est spécial et que finalement, oui, on est là pour l’amour de la musique, des textes et pour des moments comme ça ou une chanson de cul prend une toute autre dimension. Découvrez cette chanson d’amour.

22h.Avec « Bouche à lèvres » Odezenne signe un de ses plus beaux textes, et je ne suis pas la seule à le reconnaître d’ailleurs, la foule connaissait chaque parole.

Redonne moi l’heureuse d’avant, je peins, je peins

On oublie tout on oublie rien, je crains, je crains

Que mon reflet dans ta rétine me dédessine, me dédessine

Vivre avec un corps c’est comme vivre avec un mort

Alors je ferme les yeux quand j’dors et j’attends qu’elle dise encore

Mais qu’il est faux ce bel accord, il grince avec nos dents

Mais qu’il est fourbe ce corps à corps, il m’a pincé jusqu’au sang

Le concert s’est achevé très vite, après deux rappels complètement absurdes à base d’acid et de bûche. Un groupe de spectateurs est resté devant la scène 30 minutes après le concert, réclamant un énième retour. En partant Alix nous a crié « Restez vivants ! » et après un moment pareil, on se dit que finalement, ça s’annonce pas si compliqué.

ODEZENNE