Melt! Festival 2016 : Willkommen in Deutschland

MELT! FESTIVAL

La scène musicale allemande est souvent réduite à ses extrêmes berlinois. L’extrêmement trash – Lab.oratory. – , l’extrêmement select – Berghain – , ou l’extrêmement soviétique – Fusion festival. Je parle ici d’un mélange de béton communiste avec des torses couverts de latex dans un espace temps démesuré où il est possible d’entrer dans un club le vendredi soir et de n’en sortir que le lundi après-midi. Stéréotype ? Oui. Mais Berlin provoque les clichés en s’y complaisant d’abord, et en étant sa propre caricature ensuite. Il ne s’agit pas tant de l’offre d’évènements qui manque de diversité, mais plutôt du public qui refuse que cela ne change. L’allemand qui devient majeur, le touriste, l’expat fraichement arrivé : tous veulent vivre l’expérience dite « berlinoise » qu’on nous a promise excessive, et ils perpétuent ainsi sa débauche.

On ne peut nier que les lieux en eux mêmes sont propices à la démesure, qu’il s’agisse de l’IPSE, du Sisyphos ou du Salon Zur Wilden Renate, de nombreux clubs berlinois associent warehouses et scènes en plein air pour inciter leur public à ne pas quitter le club pendant la journée. Sur le même principe, on retrouve des stands de bratwursts au Birgit&Bier ou un vendeur de glaces au Berghain : tout est fait pour que vous ne songiez même pas à rentrer chez vous. Et je ne parle même pas de la drogue. Vous vous retrouvez ainsi à regarder votre montre après être entré dans un club le samedi matin, pour réaliser que oui, nous sommes bien aujourd’hui lundi et vous êtes attendus en open space dans 3 heures.  On reste bien loin de l’atmosphère des soirées parisiennes et c’est pourquoi il parait inconcevable de comparer la France et l’Allemagne, tout du moins si on se tient à confronter la Concrete et le ://about blank. Et pourtant. Si on élargit notre champ de vision il est possible de trouver les équivalents de nos We Love Green, Peacock ou Weather. J’étais au Melt! festival, sur la presqu’île de Ferropolis dans la commune de Gräfenhainichen, pour sortir du lieu commun berlinois tout en festoyant avec des allemands.

Melt festival

Le festival Melt! se distingue en premier lieu par son site : « la ville de fer ». Il s’agit en réalité d’une ancienne mine de charbon et c’est pourquoi les festivaliers peuvent circuler parmi de gigantesques excavatrices industrielles de 30 mètres de hauteur et de 130 mètres de long. Le festival a lieu sur 4 jours et présente un line-up plutôt riche dont on peut retenir Jamie xx, Ellen Allien, Modeselektor, Solomun, Stimming, Andy Stott, Helena Hauff, Ben Klock, Damian Lazarus, Disclosure ou encore MCDE. Pour ma part, j’ai choisi de ne prendre qu’un pass week-end et de rentrer à Berlin entre les deux jours pour sauver ma dignité du camping.

Forest venue - Melt Festival

Petite scène de la forêt – Melt! Festival

La Medusa, la Big Wheel, l’Orangerie, le Sleepless Floor, la Melt! Stage sont autant de scènes complètement différentes qu’on peut découvrir à Ferropolis. La scène sur la plage est construite à l’image d’une maison de vacances, la scène de la forêt semble sortie d’un conte de Grimm et l’Orangerie n’est rien d’autre qu’un énorme hangar en tôles grises.

Le mélange des genres. On peut considérer l’éclectisme comme le leitmotiv du festival.

Si vous quittez la grande scène où vous avez vu Jamie xx…

…pour aller vous perdre dans la forêt…

…vous pouvez passer par la plage.

Pour les plus téméraires, vous pourrez revenir par la Big Wheel…

…et sortir du festival pour rejoindre le sleepless floor qui ferme en début d’après midi.

Vous l’aurez compris, pour profiter au maximum du festival, il faut rester une bonne dizaine d’heures et ne pas hésiter à circuler entre les différentes scènes. Ce n’est qu’en vous perdant sur le site que vous pourrez tomber sur une ancienne 2cv à moitié enterrée et transformée en enceintes ou sur le bar à vin en canopée. Parfois, vous n’avez pas besoin de vous déplacer, les vendeurs ambulants de cigarettes et de bières viennent à vous. Mais dans tout ça, l’ultime challenge reste de tenir jusqu’à midi pour profiter du cours de yoga et de méditation sur le site.

Rien que par les possibilités qu’il offre et le cadre qui l’entoure, le festival melt se distingue de toute ce que j’ai pu connaître en France. Il accueille 10 000 festivaliers de moins que les Eurockéennes sur un site beaucoup plus étendu. L’espace. Que vous arriviez 30 minutes avant un concert où en plein milieu du live, vous pouvez être sûrs d’avoir votre espace vital et d’accéder aux premiers rangs. Le public est étonnement respectueux et vous retrouverez sur le site le même soin de suivre les règles qui empêche les allemands de traverser une route complètement déserte si le feu n’est pas vert. Respect des règles, oui, et pourtant Ferropolis, – et Berlin en général, sont les seuls endroits où j’ai l’impression de ne tendre vers aucune norme. Encore une fois, l’Allemagne confronte les paradoxes.

Melt! Festival