Rencontre avec le DJ Sven Løve

Réalisée par Florie Valton
À l’occasion de la Cheers du 22 septembre au Badaboum, nous avons rencontré le beau Sven Løve pour parler des années 90, de la scène française actuelle et de narration.
Envie de se régaler les oreilles pendant la lecture ? On va écouter ça bien gentiment et jubiler :

Lorsqu’on voit le film Eden, on a le sentiment d’une grande nostalgie de ces années. Le titre, lui même, fait écho au paradis perdu. Penses-tu qu’il y a quelque chose de nostalgique dans la perpétuation de la Cheers et ce retour du garage et de la house des années 1990 ?

Je n’aime pas trop le terme nostalgie parce qu’il a une connotation, il laisse supposer que c’est terminé terminé. On a des bons souvenirs et des moins bons, c’était une période différente. D’ailleurs, avec Greg, on aime bien jouer au jeu des différences.

Mais on ne veut pas être là dedans vis à vis de la Cheers, sinon on se perd. C’est un peu ce qui s’est passé au Djoon où nous avions fait une soirée et nous étions toujours dans ce rapport de rejouer des vieux trucs. On s’est rendu compte que ce qu’il fallait c’est trouver un nouveau public. Et c’est ce qui s’est passé. On est assez surpris parce que c’est un public très jeune. Ça fait plaisir.

Que penses-tu de la nouvelle scène française ? Crois-tu qu’on puisse parler d’une french touch aujourd’hui ?

On a fait un live avec Groove Boys Project au badaboum, c’était extra fort.
Ils sont un peu dans un esprit « revival », même si j’aime pas trop ce mot. Ils parviennent à garder l’esprit de l’époque en insufflant quelque chose.

Je trouve qu’aujourd’hui il y a une vraie énergie créative, une envie très forte liée au fait que beaucoup de jeunes se posent la question du sens du travail, qu’ils veulent un truc qui ait un sens pour eux. Je pense que cette énergie vient de là. C’est marrant parce que ça fait écho aux questions que je pose dans mon roman.

C’est marrant ces trucs générationnels. Il y a des gens qui se sont rencontrés à la Cheers, qui se sont mariés, qui ont des enfants. C’est assez plaisant de voir ces boucles.

Et leurs enfants viennent aux Cheers maintenant ?

Non pas encore (sourire).
À la fin d’une des soirées, il y avait une jeune fille de 22 ans qui connaissait toutes les chansons. J’étais assez impressionné.

Avec l’accessibilité de la musique grâce à internet, la musique a un peu perdu de son aura.

Justement avec cette accessibilité de la musique, comment est-ce que tu découvres de nouveaux morceaux ? Est-ce que tu vas toujours chez des disquaires ? Comment les écoutes-tu ?

Internet aussi.
Petite constatation marrante, j’écoute les morceaux très vite. En écoutant rapidement, sur 5-10 secondes, je sais si c’est bon. Si il y a un truc qui tient un son. En si peu de temps je peux savoir si il y a quelque chose.
Pour mon mix pour radio FG, j’ai fait la sélection en deux heures. J’ai fait mon set et je me suis dit c’est vachement bien. Je l’ai réécouté et je suis assez content, il est assez construit.

C’est aussi parce que ça fait … (croisement de bras, yeux légèrement baissés, petit sourire) 27 ans que je fais ça.
Il y a une ambiance, une atmosphère dans le morceau qui marque.

Pour moi tu es avant tout quelqu’un qui aime raconter des histoires. Le film, ton livre Un emploi sur mesure, tes sets également … Mais j’imagine qu’il n’a pas fallu deux heures pour écrire ton livre … Y-a-t il pour toi des similitudes avec la construction d’un set ?

(Les bras toujours croisés, doucement) J’ai mis trois ans. Mais oui, il y a plusieurs rapports avec le livre ; le rythme, la construction.

Je rebondis sur l’idée de 5 secondes, c’est le fait d’être attentif aux histoires autour de moi et je les note. Pour la rigolade, je prenais un verre une copine et un gars que je connaissais à peine qui racontait son histoire avec une fille. Cette nana elle est complètement folle. J’ai tout de suite noté l’histoire. Le gars entend un splash dans le salon, il va voir et là elle faisait le poirier pour récupérer sa semence … je me suis dit ; ça il faudrait que je le mette dans un roman.

L’écriture c’est très construit, le choix d’un morceau lui est très intuitif. On met des morceaux techno puis un vocal et ça marche.

Du coup tes sets, est-ce quelque chose de spontané ou au contraire de mis au point en avance ? Comment l’interaction avec le public vient l’alimenter ? Quelle est la différence lorsqu’il s’agit d’un B2B avec Greg notamment ?

On a commencé par faire la teuf avec les amis. C’était pas très élaboré. Au début on passe des morceaux qu’on aime. Puis on a appris à développer des atmosphères.
On cherchait à être toujours on the top, mais parfois c’est pas mal de vider la piste, de faire tomber l’ambiance, d’avoir quelque chose de pas linéaire. Sinon on a quelque chose d’un peu plat.

Avec Greg, cela dépend des horaires qu’on se donne, comme ce soir, chacun fait sa partie, chacun fait son truc.

Vous ne faites pas l’un passe un morceau, puis l’autre en passe un autre ?

Non, on aime pas trop ça, on a jamais fait comme ça.

Mieux vaut la musique que mille mots, et ça tombe bien, Sven Love a accepté de vous livrer quelques sons…

Le premier album que tu as acheté ? Le dernier ?

Sans doute un album de Go-Betweens.
Dernier acheté : Moutain Man – Magic Ship

Ton artiste préféré quand tu étais gosse ? Ado ?

Enfant je ne m’intéressais pas tellement à la musique. Ado, j’adorais les Go-Betweens, les Pale Fountains, le Monochrome Set, Bill Pritchard avant de me mettre à écouter des musiques black.

Meilleur concert/live/dj set … ?

Concert : Caetano Veloso et Seu Jorge
DJ set : Tony Humphries

Ta dernière découverte musicale ?

Il y en a plein. Le folk traditionnel irlandais et écossais, Ewan McLennan. La musique Cajun. La musique de Kingston (compilation Sharp and soulful, Get Up Kingston !)

 

Propos recueillis et illustrés par Florie Valton